20 février 2023

Xavier Dupont de Ligonnès : Parti pour de bon ?

 

Depuis son départ de Nantes, c'est un  Xavier Dupont de Ligonnès décidé qui a sillonné l'Ouest et le Sud de la France. Logeant d'abord dans des hôtels économiques puis dans une luxueuse bastide avec restaurant gastronomique et retournant ensuite aux établissements à bas coût, parcourant un long trajet par l'autoroute à péage et le lendemain retirant modestement 30 euros de la Caisse d'Epargne, son comportement pourrait surprendre. L'homme semble alterner dépenses inconsidérées et manque d'argent. Cela aurait d'ailleurs été une habitude de vie.

Des distributeurs alimentaires se trouvent à l'époque en face du DAB de Roquebrune-sur-Argens

Dans cette affaire non résolue, certains détails n'ont rien de mystérieux. Un exemple. Qu'y aurait-il de mystérieux à ce que Xavier Dupont de Ligonnès, dont on nous dit qu'il avait travaillé comme commercial pour une entreprise située à Monaco, ait pu obtenir, et conserver, d'autant plus auprès d'une banque française, un compte bancaire dans l'agence se situant dans le pays du siège de l'entreprise ? Point de mystère ici.

Xavier Dupont de Ligonnès aurait clôturé, nous dit-on au début de l'affaire, l'ensemble de ses comptes bancaires. La question qui vient immédiatement à l'esprit est : Avait-il un compte-joint avec son épouse ? L'école des enfants a reçu un solde de tout compte. Le bail de la maison a été résilié. Est-il allé jusqu'à résilier les compteurs eau et électricité étant locataire en communiquant les index des compteurs ? Les factures seront émises plus tard et ce détail montre que, dans cette complexe affaire Dupont de Ligonnès, l'accent à d'abord été mis par le père de famille sur des éléments en lien avec l'absence à l'école ou au travail.

Xavier Dupont de Ligonnès disparait

Comme évoqué précédemment, l'étrange fuite de Xavier Dupont de Ligonnès n'en serait pas une (du moins ne s'agirait-il alors que d'une "errance"). Il a été précisé que ce n'est pas une fuite mais un parcours pour son travail, pas une fuite mais une escapade, pour s'échapper (lentement), pas une fuite parce que, copiant sur John List, Dupont de Ligonnès s'est retrouvé avec du temps devant lui avant de disparaître. S'est-il lui même accordé ce délai ou lui a t-il été imposé par la réservation d'un billet d'avion ?

Au début de l'Affaire Dupont de Ligonnès, dès qu'il a été rendu public que l'homme recherché avait quitté le Formule 1 en cours d'après-midi "portant un sac à dos et en bandoulière une housse de costume", l'intime conviction de l'auteur, ignorant d'ailleurs qu'il pouvait exister des housses de costumes se portant "en bandoulière", allait vers le plus simple raisonnement.

Après avoir quitté le Formule 1, Xavier Dupont de Ligonnès se rend à pied à l'aire de Canaver située plus à l'Est sur l'autoroute A8. Pour cela, il emprunte durant quelques kilomètres la nationale 7 vers Puget-sur-Argens puis le Chemin du Jas de Pellicot. Plus tard, peut-être le 16 avril, il demande à un chauffeur routier étranger de l'emmener. Soit pour prendre l'avion à Toulouse Blagnac, où il s'était arrêté quelques jours plus tôt, puis ensuite vers la Belgique, soit pour aller en Espagne. Hélas, trois fois hélas, un témoin l'aperçoit marchant à Roquebrune sur un chemin situé face à l'hôtel, de l'autre côté de l'A8, Chemin des Châtaigniers !

Dans ce cas, après son passage dans le tunnel sous l'A8, qu'aurait pu faire XDDL ? Prendre l'autocar au vu de l'arrêt qui s'y trouve ? Sur ce, au début de l'affaire, l'hypothèse qu'il s'est suicidé l'emporte et l'on ne cherche pas Xavier Dupont de Ligonnès mais son corps.

***

L'hypothèse incoupçonnée n'est donc pas totalement l'idée de l'auteur, il s'agit d'une version créée à partir des éléments connus, du terrain et surtout des témoignages de personnes ayant crû apercevoir le père de famille recherché. Et parmi tous les témoignages de ces dernières années, seulement deux ou trois ont vraisemblablement vu Xavier Dupont de Ligonnès.

Le matin du 16 avril, l'homme, qui se rase habituellement la tête d'avril à septembre, a modifié son apparence physique. Ayant réservé une place auprès d'une compagnie aérienne quinze jours trois semaines avant son vol pour bénéficier d'un tarif avantageux, il s'élance sur la route nationale 7 à la sortie de Roquebrune-sur-Argens, pour une vie de routard d'une dizaine de jours. Avant de partir définitivement, il profite encore quelques temps de la région, marche le long de la célèbre route des vacances et pense à l'autre voie mythique, la route 66.

Du 16 au 21, il se déplace sans que quiconque puisse se douter de quoi que ce soit le concernant. Six jours durant lesquels, selon ses horaires de déplacements, il peut éventuellement faire de l'auto-stop. La disparition prise en compte le 19, la scène d'horreur découverte seulement le 21, et loin de la Provence, ne peut pas, avant cette date, éveiller l'intérêt dans cette région que le suspect présumé puisse s'y trouver.

Cependant, dès le 21 avril, l'affaire prenant alors une tournure dramatique dans les médias, Xavier Dupont de Ligonnès choisit probablement de circuler la nuit. Avec l'hypothèse d'un périple de XDDL le long de la RN7, et dans le sens Est-Ouest, il se trouve déjà loin de Fréjus quand on le localise à cet endroit. A-t-il poussé son errance jusqu'au nord d'Aix-en-Provence, endroit se trouvant noté avec une croix parmi d'autres sur une carte trouvée sur son réfrigérateur à Nantes ? Son trajet le conduit-il dans un lieu de retraite comme il en existe dans les environs, un lieu où le comte de Ligonnès devient Monsieur Dupont, un inconnu ?

L'inconnu du Sud

C'est un homme un peu étrange qui surgit de nuit le 26 avril 2011 à Lançon-Provence. Il est 2h44 et il apparaît à la station-service Total située sur l'aire autoroutière après le péage. De grande taille, d'environ 50 ans d'âge, cheveux grisonnants, portant des lunettes et barbe d'un jour, l'inconnu s'éternise entre les pompes à carburant et la boutique. 

A un moment, il est remarqué par deux clients venus faire le plein. Il attire leur attention parce qu'il a posé à ses pieds quatre sacs cabas de couleurs différentes, et l'un des deux clients trouve qu'il ressemble à l'homme qui a tué toute sa famille à Nantes. Il est remarqué aussi par la caissière de la station-service de par ses allées et venues et puis il vient lui demander un café promotionnel gratuit. De plus elle note qu'il lui manque une dent. Et il manque en effet une dent à Xavier Dupont de Ligonnès, ce que la caissière ignore au moment, comme tout le monde.

L'inconnu finit par monter dans le Volkswagen Combi d'un autre client de la station-service, venu lui aussi de nuit. Il ignore tout du drame de Nantes, et emmène l'auto-stoppeur pour quelques kilomètres jusqu'à une sortie d'autoroute permettant à son passager peu loquace de se rendre à son but : la gare d'Aix-en-Provence, pour prendre le train. Le conducteur du Combi note que l'homme ne sent pas très bon, a une barbe naissante et il le dépose un peu plus tard, entre 4h00 et 4h15, à une sortie d'autoroute dont il ne se rappellera plus précisément le numéro, selon lui la 30 ou 31.

La sortie 30 permet d'entrer dans Aix-en-Provence au plus près de la gare SNCF. Pour s'y rendre, l'inconnu a deux choix. Il peut emprunter la rue Pierre Brossolette se trouvant face à lui et descendre un escalier à droite dans la rue des Belges pour arriver par un côté. Il peut aussi préférer la rue de la Fourane située un peu plus loin à droite. Sur la gauche, elle donne vers l'Avenue Robert Schuman et permet d'atteindre la gare par l'autre côté. Une nouvelle Avenue Schuman, trois semaines après le début de la tuerie de Nantes. Le monde est petit.

Il est à préciser la chronologie suivante. De la date des exécutions à Nantes le 7 avril à l'arrivée de Xavier Dupont de Ligonnès à Roquebrune-sur-Argens le 14, il s'est passé une semaine. Jusqu'au repérage de sa voiture par les gendarmes le 21, il s'est passé une deuxième semaine, et jusqu'à la dernière image que l'on a de l'inconnu à la gare SNCF d'Aix-en-Provence, une troisième semaine s'est écoulée. Moins une journée. Mais, avec sa réservation, XDDL n'est pas encore parti de France.

L'inconnu, dont la ressemblance avec Xavier Dupont de Ligonnès est frappante, est filmé par les caméras de surveillance sur le parvis de la gare d'Aix-en-Provence à 6h00. Il achète un billet de trajet local et, moins d'une demi-heure plus tard, disparait des radars après s'être glissé parmi les passagers matinaux du premier train pour Vitrolles. A peine réveillés et tout à leurs soucis du quotidien, les autres passagers ne font guère attention à lui.

Exemple en 2023

Le mardi 26 avril 2011 vers 8h00 du matin le train dans lequel l'inconnu du Sud a pris place arrive à la gare SNCF Vitrolles Aéroport Marseille Provence. Pour aller directement à l’aéroport il monte dans une navette stationnée devant la gare. Parvenu au terminus, il se rend dans les toilettes de l'aéroport pour se changer et prendre soin de son apparence avant de se diriger vers une salle d'embarquement. Un peu plus tard, l'avion pour Bruxelles dans lequel il se trouve s'élance sur la piste.

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Il est utile de préciser que l'hypothèse retenue est une option. Une option souhaitant coller au plus près du vraisemblable. Il y en a d'autres, Nice ou Madrid. Marseille vers le Canada. Aucune n'est meilleure qu'une autre. Sauf que, en excluant le départ dans les jours suivant le drame de Nantes, toutes font nécessairement appel à une nouvelle identité. Et l'hypothèse présentée va même plus loin, elle fait appel à deux nouvelles identités. Une française et une américaine. Sur la base des nombreux voyages antérieurs aux Etats-Unis de Xavier Dupont de Ligonnès, et ceci sur une longue période de temps. Sur la base des nombreux contacts qu'il avait aux USA, élément qui a été précisé par le parrain de Benoît dans les premières années après le drame et s'est trouvé confirmé ultérieurement. Sur la base de l'obligation pour ses déplacements d'avoir un passeport, et du fait que chaque membre de la famille devait en posséder un, associé au nécessaire renouvellement de ces documents à date de validité limitée, et sur la base qu'il a donné un nom d'emprunt dès le premier soir à l'hôtel de Puilboreau, alors que ce n'était pas utile pour lui de cacher son identité, on peut émettre l'hypothèse que Xavier Dupont de Ligonnès, qui reste présumé innocent du drame de Nantes, est parti aux Etats-Unis avec des faux papiers d'identités. Et il est permis de penser que ceux-ci n'étaient pas forcément récents. En tout état de cause, il a disparu. Il s'appellera donc maintenant John Robert Doe.*

L'américain

L'avion de Bruxelles à New York dans lequel a embarqué John Doe se pose plusieurs heures plus tard au Liberty International Airport de Newark, dans le New Jersey. C'est à Newark qu'est né le célèbre romancier Harlan Coben et c'est non loin de là que John List a tué toute sa famille avant de disparaître quarante ans plus tôt. De plus, l'aéroport est situé à 11 km à l'ouest de la Statue de la Liberté. Et c'est un grand vent de liberté que respire John Doe en descendant de l'avion.

Où est allé John Doe après son arrivée aux Etats-Unis ? Si Xavier Dupont de Ligonnès possédait plusieurs comptes bancaires ainsi que différentes cartes de paiement, John Doe, de son côté, ne dispose plus que de quelques dollars. Aux Etats-Unis, il va modestement vivre de petits boulots et il pourra prochainement, tout comme Xavier Dupont de Ligonnès sur la route Nationale 7, envisager faire un road trip le long de la route 66 et ainsi réaliser pleinement son rêve américain

Depuis le New Jersey les possibilités d'existence sont multiples. Il peut, depuis l’aéroport de Newark, se rendre vers l'ouest directement à San Francisco, décider de vivre quelques temps à New York, faire la route au nord jusqu'à Chicago en passant par Cleveland, se rendre vers le sud en Floride en traversant la Virginie, s'arrêtant au passage en Georgie où il pourra y saluer d'anciennes connaissances, ou certaines connaissances d'amis, qui se souviendront peut-être de lui sous son ancien nom, ou d'un autre, et éventuellement lui trouver un travail, par exemple dans un restaurant ou comme vendeur de voitures d'occasion.

Si, le moment venu, John Doe décide de traverser les Etats-Unis par la route 66, de la parcourir entièrement, il devra commencer par l'une de ses extrémités. N'ayant rien à voir avec une route des vacances comme la Nationale 7, au contraire, la route 66 permettait à sa grande époque de traverser les Etats-Unis pour une migration économique. Les nostalgiques peuvent toujours revivre l'aventure des pionniers et découvrir, par exemple, les légendaires stations-services ou les restaurants typiques américains situés le long de cette voie mythique.

La particularité de la route 66 est qu'elle va de Chicago dans l'Illinois à Santa Monica Los Angeles en Californie. Or, après New York qui est la ville la plus peuplée des USA, la seconde et la troisième sont respectivement Los Angeles, où se termine la route 66, et Chicago, où elle débute historiquement. Or, depuis la disparition du père de famille recherché après la tuerie de Nantes, il existe deux observations vraisemblables de lui aux Etats-Unis et qui sont précisément l'une en Californie, à San Francisco, au nord de Los Angeles, et l'autre à Chicago, au bord du lac Michigan.

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Avant de vivre à Nantes, les Dupont de Ligonnès louaient une maison à Pornic, près de la côte Atlantique, à un couple de notaires qui avaient eux aussi des enfants et étaient de plus leurs voisins. Les deux familles se connaissaient bien et se fréquentaient à l'occasion, ceci jusqu'au déménagement des Dupont de Ligonnès en 2003 pour Nantes. Evidemment, quand le drame est largement médiatisée en avril 2011, le couple de notaires se souvient de cette charmante famille d'anciens voisins. Ils ne peuvent même plus l'oublier.

Et puis en 2015, à l'occasion d'une visite à leur fils qui occupe un emploi dans une multinationale située dans la Silicon Valley le couple se retrouve à San Francisco à déambuler dans le quartier français. Dans cette petite enclave historique du centre-ville, la femme entre dans une boutique alimentaire quand soudain un individu la bouscule. L'ancienne propriétaire de Xavier Dupont de Ligonnès se retourne et se trouve face à un homme vêtu d'une chemise ajustée et bien rasé qu'elle reconnait comme son ancien voisin. Elle est tellement surprise, dans le contexte du lieu où elle se trouve en Californie, qu'elle prononce à haute voix son prénom "Xavier ?". C'est alors que l'homme aurait lui aussi écarquillé les yeux avant de faire demi-tour et de s'éloigner au pas de course.

Cinq ans plus tard, en juillet 2020, dans le cadre de sa nouvelle série «Unsolved Mysteries», la chaîne américaine Netflix consacre un épisode au français disparu suspecté d'avoir tué sa femme et ses enfants à Nantes : Xavier Dupont de Ligonnès. Après la diffusion de l'épisode, le réalisateur du documentaire a bien entendu reçu quelques signalements et parmi ceux-ci l'un faisait état de plusieurs personnes ayant aperçu celui qui est appelé "Le Fugitif" dans la ville de Chicago. Des personnes qui venaient juste de voir l'épisode se trouvaient à Lake Shore Drive, quand elles ont entendu quelqu'un parler français et l'ont observé. L'homme conversait-il avec une autre personne ou était-il au téléphone ? Aucune indication n'a été fournie. Le réalisateur du documentaire ayant peu après reçu une photo de l'homme et constatant qu'il ressemblait vraiment à Xavier Dupont de Ligonnès, a signalé cette information aux autorités.

Le lieu exact de l'observation est imprécis. Lake Shore Drive correspond à un ensemble de voies longeant le lac Michigan sur une partie de la ville. Pourtant, cette piste n'est pas si farfelue. En effet, le commencement de la route 66 n'est distant que d'environ 600 mètres de la voie rapide Lake Shore Drive.

On se souvient que l'hypothèse insoupçonnée est développée sur la base que Xavier Dupont de Ligonnès remonte en partie la route Nationale 7 depuis Roquebrune. C'est-à-dire dans le sens opposé aux départs en vacances. John Doe aurait-il eu l'idée de partir de San Francisco en 2015 pour suivre la route 66 dans le sens opposé ? Erre-t-il régulièrement le long de cette route historique ?


*John Doe est aux Etats-Unis la désignation d'une personne non identifiée ou de l'homme de la rue, souvent attribuée aux corps non identifiés.

Sources : Notes personnelles, https://www.lefigaro.fr/actualite-france/2011/04/21/01016-20110421ARTFIG00380-une-famille-entiere-portee-disparue-a-nantes.php, https://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/xavier-dupont-de-ligonnes-ce-detail-physique-qui-a-failli-le-trahir_453012, https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/il-y-a-10-ans-xavier-dupont-de-ligonnes-passait-sa-premiere-nuit-de-cavale-en-charente-maritime-1618078381, transcription en Anglais d'un article de Society, diverses sources citant "Soir Mag", https://www.lindependant.fr/2021/10/20/xavier-dupont-de-ligonnes-apercu-a-chicago-comment-netflix-pourrait-avoir-relance-lenquete-jusquaux-etats-unis-9865976.php,Wikipédia. Images : Google Street View, Andreas H, PDPhotos de Pixabay + montage. Mis à jour le 15/03/23.

09 février 2023

Xavier Dupont de Ligonnès : Une hypothèse insoupçonnée

 

Suspecté d'avoir assassiné sa femme et ses quatre enfants en avril 2011 dans la maison que la famille occupait à Nantes, puis de les avoir enterrés sous la terrasse, Xavier Dupont de Ligonnès a disparu depuis 12 ans. La clé de son escapade.

Le sujet ici n'est pas de se trouver "dans la tête" du père de famille, ni d'étudier son profil psychologique, encore moins d'analyser l'influence que sa mère pourrait avoir eu sur lui. Il y a assez de spécialistes et de fictions narratives hybrides très tendance pour trouver le pourquoi. Face à un fait : Xavier Dupont de Ligonnès est parti, voici une hypothèse basée sur des éléments connus essayant de répondre au comment. Une hypothèse insoupçonnée.

Souvenez-vous, le 15 avril 2011, après une nuit au Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens, Xavier Dupont de Ligonnès quitte sa chambre et abandonne sa voiture. Le 19, une enquête pour disparition inquiétante est ouverte. Six jours après son départ de Roquebrune, le 21 avril, des restes humains sont découverts sous la terrasse de la maison familiale à Nantes. Jusqu'au 19 avril, il n'y a pas d'écho national de la disparition des Dupont de Ligonnès et ce jour-là c'est une famille qui est recherchée, pas un homme seul.

Ainsi, comme indiqué précédemment, le jour où Xavier Dupont de Ligonnès quitte l'hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens, le 15 avril, il peut aller librement où bon lui semble. Après la nuit passée dans une chambre basique dépourvue de sanitaires où les clients doivent aller régulièrement dans le couloir, à 10h19 il part une première fois de l'hôtel avec sa Citroën C5. A ce moment-là il est censé avoir rendu la chambre, ses affaires se trouvent donc logiquement avec lui dans la voiture.

Il a été révélé qu'un ami proche de Xavier Dupont de Ligonnès se trouvait dans la région ce jour-là, et plus précisément que cet ami avait quitté l'hôtel Mercure de Fréjus à 10h45 pour Draguignan. Si l'on parle bien du Mercure situé à Port-Fréjus, près de la mer, la durée donnée de 16 minutes pour traverser la ville et "borner" à Puget-sur-Argens semble assez vraisemblable, de même que les 5 minutes supplémentaires pour rejoindre Le Muy. L'ami arrive au Muy à 11h06. Considérons que Xavier Dupont de Ligonnès souhaite rencontrer son ami à cette occasion, au prétexte de la folle histoire qu'il a tenu à tous ses proches.

Dès l'entrée du village du Muy, sur l'ancienne Route Nationale 7, se trouve au moment une cabine téléphonique publique. On sait que l'ami est arrivé à Draguignan à 11h30. Pour cela il a dû repartir du Muy au moins 15 minutes avant. L'hypothèse est la suivante : Les deux hommes ont pu ce matin-là, le plus naturellement du monde, se voir dans la rue entre Puget et Le Muy, dans un intervalle de 45 minutes, entre 10h30 et 11h15. Au Muy, Xavier Dupont de Ligonnès pourrait s'y trouver autour de 10h24. Il aura répété à son ami son discours de fuite et d'exil familial. Ensuite, après un dernier salut, chacun sera reparti de son côté.

La clé

Xavier Dupont de Ligonnès est un homme qui qui aime conduire, qui conduit beaucoup, qui aime les voitures. Il aime les voitures américaines et a traversé les USA. Par le passé, il a fait un périple le long de la mythique Route 66. Par ailleurs, Xavier Dupont de Ligonnès traverse depuis toujours la France de long en large pour son travail. Il "avale" les kilomètres. Or, que trouve-t-on lorsque l'on arrive dans le Sud de la France depuis Nantes ? Quelle voie célèbre passe à proximité de Draguignan et de Lorgues que Xavier Dupont de Ligonnès connaît bien pour y avoir habité ? La route nationale 7. 

La mythique RN7 se trouve parallèle à la chaîne de la Trévaresse et à la Chaine D'Éguilles à Aix-en-Provence. Elle est ensuite parallèle à l'Autoroute A8. Après Brignoles, elle arrive dans la vallée de l'Argens avant d'atteindre la Méditerranée à Fréjus. Elle est maintenant déclassée, notamment en D7N et DN7. La route nationale 7 est en France ce que la Route 66 est aux Etats-Unis, et inversement.

La fuite anticipée de Xavier Dupont de Ligonnès a l'ambiguïté d'être à la fois un périple professionnel et l'expression d'une nouvelle liberté, c'est pour cela que le terme adapté est escapade (de escapar, échapper). Et la clé de l'escapade est la route nationale 7.

La partie de la RN7 qui nous intéresse se situe entre Fréjus et Aix-en-Provence, plus particulièrement entre le point de départ de Roquebrune-sur-Argens, le rond-pont de l'hôtel, et Aix-en-Provence. Avant de disparaitre définitivement, il lui faut préparer le terrain. Le 15 avril à 11h15, il quitte Le Muy au volant de sa C5 en direction d'Aix-en-Provence. De place en place, il s'arrête pour cacher discrètement des vivres, qui peuvent être des salades composées en conserve à ouverture facile et des petites bouteilles d'eau. Il lui faudra tenir 10 jours.

Le long de l'ancienne nationale 7, ce qui caractérise les abords, c'est la diversité de leur aspect, dans une certaine uniformité de désordre. Entre buissons, hautes herbes, arbustes, maquis, endroits abandonnés ou paraissant tels, ce n'est pas que Xavier Dupont de Ligonnès aurait pu trouver une cache, c'est qu'il pouvait en trouver cent. Entre midi et quatorze heures, il observe les bords de la route, essaie de repérer des endroits propices à ses futures pauses. Il ignore s'il va faire le trajet à pied ou en stop, ça sera selon les occasions. Au besoin, il marchera un peu dans le sens opposé, pour rejoindre une halte dépassée. Qui pourrait suspecter un routard qui se dirige vers Roquebrune-sur-Argens ?

Pour l'instant, il ne peut pas rouler bien au delà de Pont des Trois-Sautets, au sud-est d'Aix-en-Provence, entre Aix et Meyreuil. Il doit prendre en compte le temps nécessaire au retour à Roquebrune et puis à cet endroit la Nationale 7 traverse Aix-en-Provence pour rejoindre Avignon. Et ce n'est pas sa destination.

Le départ

A 14h20 Xavier Dupont de Ligonnès fait demi-tour pour rentrer à l'hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens. A 16h00 il stationne sa voiture dans un angle mort sur le parking attenant à l'hôtel et repart à pied à 16h10, non sans avoir au préalable taillé un peu ses cheveux. Portant sur le dos un sac rempli de vivres et à l'épaule la tente 2 secondes achetée fin mars près de Châteauroux, il s'éloigne en direction du chemin Les Châtaigniers en empruntant le tunnel proche situé sous l'Autoroute A8 "La Provençale".

Fatigué de son périple entrepris en milieu de matinée, il décide de tester son dispositif et de modifier un peu son physique. Le chemin des Châtaigniers convient remarquablement pour cela. Il choisit de s'installer dans la végétation pour la soirée. En cas de problème, il lui sera toujours possible de se replier vers sa voiture et de prendre une nouvelle décision. Dans la pire des situations, en cas de contrôle, il reste un citoyen comme un autre.

Xavier Dupont de Ligonnès affectionnait de porter un sweat shirt bleu marine
 

Le 16 avril 2011, Xavier Dupont de Ligonnès sort des Châtaigniers à l'endroit où chemin, route et autoroute se croisent et il quitte définitivement Roquebrune-sur-Argens. Dès lors, personne ne le cherche, personne ne le remarque, si ce n'est comme un personnage solitaire effectuant un "pèlerinage" le long de la Nationale 7. Personne ne s'intéresse à cet homme sur le bord de la route, sauf quand il fait de l'auto-stop, pour lui permettre de s'avancer un peu, d'aller plus loin. Et assurément, le but de Xavier Dupont de Ligonnès est d'aller loin.

***

Il a été révélé que XDDL était arrivé à l'hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens le 14 avril à 15h30 et qu'il avait effectué un retrait de 30 euros au distributeur de la Caisse d'Epargne de la même commune. Ce retrait a probablement été fait entre 17h et 19h00 et à une adresse différente de l'établissement actuel. A partir des faits connus concernant les déplacements de Xavier Dupont de Ligonnès, cette hypothèse insoupçonnée sur la journée du 15 avril 2011 permet de relier son arrivée à Roquebrune-sur-Argens le 14 à son second départ du 15 avril en complétant son emploi du temps et laisse entrevoir une piste dès la journée du 16.

A suivre...

 

Sources : Notes personnelles de l'auteur, https://www.midilibre.fr/2011/04/22/disparus-de-nantes-les-derniers-jours-de-la-famille-dupont-de-ligonnes,307755.php, sofb.fr, Wikipédia, Google Maps, viamichelin.com, transcription en Anglais d'un article de Society. Modifié le 15.03.23.

Images : La Montagne Sainte-Victoire à Aix-en-Provence par Fabien Pasquet de Pixabay, Google Street View, montage d'après images largement reprises.

02 février 2023

Le voile se lève sur l'Affaire Dupont de Ligonnès


L'Affaire Dupont de Ligonnès. Depuis 2011, le père de famille, Xavier Dupont de Ligonnès, a quitté Nantes, laissant derrière lui les corps enterrés de sa femme et de ses enfants. Un drame qui reste encore dans toutes les mémoires, et sur lequel le voile se lève peu à peu. EXPLICATIONS.

Une partie du travail des journalistes consiste, après un événement, à recueillir les dires des témoins. Cela peut être leur témoignage visuel, ou simplement leur opinion. Dès lors que cette observation, avis ou sentiment sur un sujet est publié, cela devient un fait. Un fait qui va au delà de l'événement premier, le sujet de base.

Le fait premier se déporte ainsi vers le témoin. La réaction du témoin ressemble au commentaire d'une personnalité politique, elle crée l'émergence d'un fait nouveau. D'un fait acté. Dans l'affaire Dupont de Ligonnès, lorsqu'un témoin, dans un restaurant-grill et western de Cholet voit le fugitif "portant un gros livre sur lui", cela devient un fait porté à la connaissance du public. Ensuite, lors de son passage dans l'un des couloirs de l'hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens, Xavier Dupont de Ligonnès porte de nouveau son gros livre, à la main. Sur les images prises par la caméra située dans le couloir, aurait été identifié Glacé, de Bernard Minier, un roman de 560 pages au format 154 x 240 mm, paru en février 2011.

Viennent ensuite les hypothèses. Dupont de Ligonnès aurait jeté un coup d'œil à la caméra installée dans le couloir à ce moment précis. Pour certains il transmet donc un message : Le contenu du livre. Essayons de "déporter" le message. Pourrait-il dire, sur un ton léger : "J'avais oublié mon livre dans la voiture". Ou bien, de façon plus sérieuse : "Devinerez-vous que j'ai creusé les pages de ce livre comme dans les films d'espionnage pour y cacher de l'argent et des faux-papiers ?"  Au delà d'une interprétation possible, il reste une question factuelle : Qu'est finalement devenu ce mystérieux et imposant livre ?

Un fait. Un livre. Un fait. En quittant l'hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens à pied, Xavier Dupont de Ligonnès est vu portant "un sac à dos et une housse de costume en bandoulière". L'hypothèse admise est que la housse cachait sa carabine pour se suicider. Une autre : Les deux sacs contenaient son futur. Nous verrons plus loin lequel.

Toujours John List

Pour rappel, le père de Xavier Dupont de Ligonnès est décédé le 20 janvier 2011. On sait qu'il lui lègue la carabine qu'il possédait. XDDL obtient sa licence de tir le 2 février. Le roman Glacé a été publié le 24 février. Le 12 mars, après avoir hérité du fusil de son père, Xavier Dupont de Ligonnès achète des cartouches et un silencieux. Faute d'avoir retrouvé l'arme il est peu probable que l'on en apprenne davantage.
Cependant, un autre livre attire l'attention, un roman de l'auteur à succès américain Harlan Coben. Fait : Le livre a été retrouvé au domicile des Ligonnés. Le titre en Français est "Disparu à jamais", tandis que le titre en Anglais est plutôt "Parti pour de bon". La mort versus le non retour.

Il est possible de comparer la tuerie de Nantes en avril 2011 avec un événement similaire s'étant produit aux Etats-Unis quarante années auparavant, l'Affaire John List. Quelques temps avant de tuer sa famille le 9 novembre 1971, John List travaillait à Jersey City. Le romancier Harlan Coben est né le 4 janvier 1962 à Newark, ville située sur l'autre rive de la baie. La maison des List se trouvait à Westfield, un peu au sud-ouest de Newark. Durant son enfance Harland Coben vit à Livingston, situé à une quinzaine de kilomètres au nord. Il a 9 ans et demi lorsque se déroule la tuerie au 431 Hillside Avenue à Westfield. Lui seul pourrait dire s'il a été marqué par cette affaire, si cela plus tard l'a influencé pour écrire des thrillers. 

Xavier Dupont de Ligonnès a-t-il pour son funeste projet été influencé par le procès lié à cet événement alors qu'il se trouvait sur le sol américain en compagnie de son ami Michel ? Faits. Hypothèses.

XDDL et les sept morts

Près de sept ans se sont écoulés depuis la disparition de Xavier Dupont de Ligonnès lorsque soudain, le 9 janvier 2018, une opération de police est lancée dans un monastère isolé de Roquebrune-sur-Argens. Un paroissien a crû reconnaitre XDDL sous l'apparence d'un moine, cela crée une effervescence policière et médiatique. Quelques jours après, le  samedi 20 janvier 2018, la chaîne France 2 dévoile une interview de Michel, l'ami de Xavier de Ligonnès, dans son émission "13h15 le samedi".
Co-incidence ou hasard, à peine six semaines plus tard, le vendredi 2 mars 2018, Michel met fin à ses jours chez lui. Quant à l'autre ami de "Xav", Emmanuel, il décède à son tour le 18 janvier 2019.
En plus de ses quatre enfants et de sa femme, au cours du temps l'Affaire Dupont de Ligonnes aura fait sept morts.

Le nouveau départ

Une fuite, ça se prépare. Celle de Xavier Dupont de Ligonnès a été anticipée, et pourtant, à proprement parler, elle n'en est pas une. Ceci parce qu'il y a une ambiguïté liée au besoin d'argent. Il s'agit pour lui d'un nouveau départ, d'une nouvelle liberté, et en même temps, dans les premiers jours, d'une continuité de vie dans le cadre de ses habitudes professionnelles.

Xavier Dupont de Ligonnès travaillait comme enquêteur qualité rémunéré ou "Client Mystère" pour une société spécialisée. Il visitait des hôtels en France et rédigeait ensuite ses impressions. Ceux qui ont effectué des missions pour ce type d'entreprises savent que c'est peu rémunéré, que la participation aux frais de déplacement est faible, que le produit acheté ou la prestation testée est remboursé en toute ou partie, et surtout, que le paiement de la mission n'intervient pas immédiatement.

XDDL visite discrètement des hôtels économiques et c'est d'ailleurs probablement pourquoi il se rend si loin de Nantes fin mars 2017 aux portes de Chateauroux dans l'Indre, dans la zone commerciale de Saint-Maur, où est justement implanté un hôtel de l'enseigne Première Classe. Les faits : Avant de repartir, il en profite pour faire plusieurs achats dans un magasin de bricolage proche, notamment  un rouleau de sacs-poubelles de grande taille et un paquet de dalles adhésives en plastique pour le sol. L'hypothèse : Il achète aussi une tente 2 secondes dans le Décathlon situé presque en face de l'hôtel.

 
 
Autrement dit, ce qui semble en apparence un parcours erratique à travers le pays est d'abord, après son départ définitif de Nantes, le moyen pour Xavier Dupont de Ligonnès, en terminant sa mission, de récupérer ultérieurement de l'argent par virement sur son compte rattaché. Ensuite, son parcours avait été préparé longtemps à l'avance.

Ce qu'il faut garder à l'esprit, c'est que le jour où Xavier Dupont de Ligonnès quitte l'hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens, personne ne le recherche, personne ne le remarque, personne ne s'intéresse à lui. Il peut aller librement où bon lui semble. Ce n'est que quatre jours plus tard, le 19 avril 2011, qu'une enquête pour disparition inquiétante est ouverte, et c'est seulement le 21 avril qu'un avis de recherche pour la famille disparue est lancé.

Après son départ pour un périple dans le Sud, Xavier Dupont de Ligonnès a aussi bien pu faire du stop, prendre l'autocar, se faire héberger dans un camp de gens du voyage, se dissimuler dans un bois, marcher de nuit. La topographie et l'environnement de la région, le maquis, permettent cela. Qui fait attention à un vagabond que personne ne recherche encore ? D'ailleurs, ce n'est qu'à partir de l'avis de recherche et de l'inscription au fichier des véhicules recherchés que, dans la nuit du 21 au 22 la Citroën C5 bleue de XDDL, pourtant présente sur le parking du Formule 1 depuis le 15, est repérée par les gendarmes.

La situation de Xavier Dupont de Ligonnès devient problématique seulement à partir du 21 avril. Ceci étant, si l'homme, qui reste présumé innocent, a, 40 ans plus tard, imité John List dans sa méthode criminelle, et cette hypothèse est au cœur du sujet, il aura imaginé une suite similaire. Pour rappel, en 1971 aux États-Unis, un mois s'est écoulé avant que l'on ne découvre la scène de crime. XDDL aura probablement pensé qu'en France trois semaines s'écouleraient avant la découverte. Et en effet, à Nantes, au delà des précautions prises pour masquer les odeurs, ce n'est que parce qu'une jeune policière a remarqué la gamelle du chien en équilibre sous une planche placée sous la terrasse que les corps ont été découverts.

A suivre...


Sources : L'auteur ayant suivi les évolutions de l'Affaire Dupont de Ligonnès entre Avril 2011 et Octobre 2016, les informations utilisées proviennent de notes personnelles auxquelles il faut ajouter quelques vérifications réalisées en janvier 2023, comme LeParisien.fr, Var Matin, Europe 1,... Ainsi que Wikipédia et bien entendu Google Maps.

22 janvier 2023

Xavier Dupont de Ligonnès serait-il toujours vivant ?

L'Affaire Xavier Dupont de Ligonnès comporte un nombre important de similitudes avec une affaire plus ancienne qui s'est déroulée aux Etats-Unis en 1971, l'Affaire John List. Quarante ans et sept mois séparent les deux tueries de masse. Une autre affaire tristement célèbre s'étant déroulée en France en janvier 1993 attire aussi l'attention, celle de Jean-Claude Romand.

Une partie de la population pense que Xavier Dupont de Ligonnès s'est suicidé, une autre partie qu'il est toujours vivant. Cet article penche pour la seconde version et vous révèle même ce que pourrait être la vie de Xavier Dupont de Ligonnès actuellement. Avertissement : les similitudes relevées sont en gras.

Xavier Dupont de Ligonnès

La "tuerie de Nantes" ou Affaire Dupont de Ligonnès est une affaire criminelle dans laquelle cinq membres de la famille Dupont de Ligonnès ont été assassinés début avril 2011. Les corps d'Agnès Dupont de Ligonnès et de ses quatre enfants, Arthur, Thomas, Anne et Benoît, ont été retrouvés le 21 avril 2011 dans le jardin de leur maison située au 55 Boulevard Robert-Schuman à Nantes (Loire-Atlantique).

Le père de famille, Xavier Dupont de Ligonnès, âgé de 50 ans au moment des faits, est introuvable. Plus tard, on découvrira que l'homme, présumé innocent, a pris la fuite.

Le drame de Nantes en avril 2011 présente-t-il des similitudes avec les cas de John List aux Etats-Unis et de Jean-Claude Romand en France ?

John List

Âgé de 46 ans, John List a tué sa femme, sa mère et ses trois enfants à leur domicile dans le New Jersey, le 9 novembre 1971, puis il a disparu de la circulation. Il avait méticuleusement planifié les meurtres de ses proches et il s'est passé près d'un mois avant que quelqu'un ne soupçonne quoi que ce soit du drame.

Après avoir occupé un poste aux services financiers dans l'Armée, List est devenu en 1960 directeur des services comptables chez Xerox à Rochester dans l'Etat de New York. En 1965, il accepte un poste de vice-président et contrôleur dans une banque de Jersey City dans le New Jersey, et doit pour cela déménager avec sa famille. Famille qui s'installe dans un manoir victorien de 19 chambres à Westfield.

Malheureusement, quelques temps plus tard, la fermeture de la banque de Jersey City crée pour lui une crise financière qu'il cache à sa famille. Voulant assurer à ses proches le même train de vie, il continue comme si de rien n'était, donnant l'illusion qu'il part chaque matin au travail, alors qu'il passe ses journées à des entretiens d'embauche ou à la gare, lisant des journaux en attendant l'heure du retour au domicile. Cette situation a sans doute inspiré beaucoup de scénaristes depuis. Ensuite c'est pour John List la spirale, il détourne l'argent des comptes bancaires de sa mère afin d'éviter le défaut de paiement du manoir. Lorsque la situation devient plus critique, il encourage ses enfants à trouver un travail à temps partiel, sous un prétexte d'éducation alors que la réalité est toute autre. Et c'est quand il devient simple vendeur en assurances que le drame se prépare.

Le mardi 9 novembre 1971, il rentre dans son manoir de Westfield dans le New Jersey. Dans la cuisine, il tue sa femme en lui tirant dessus avec une arme à feu à l’arrière de la tête, et ensuite il tue sa mère qui se trouve à l'étage en lui tirant au dessus de l’œil gauche. Puis il attend que sa fille de 16 ans et son fils de 13 ans reviennent de l'école pour les abattre froidement. Cependant, John List a un autre fils, de 15 ans, absent parce que parti disputer un match de football. List se prépare donc un repas et se rend ensuite à sa banque pour fermer ses comptes bancaires ainsi que celui de sa mère, puis part assister au match de son fils. Il le ramène avec lui à la maison. Cette fois-ci il est obligé de tirer à plusieurs reprises sur l'adolescent, celui-ci ayant tenté de se défendre. List aura assassiné sa famille en utilisant sa propre arme de poing semi-automatique de 9 mm Steyr 1912 et le revolver Colt de calibre 22 de son père. Ensuite, il dîne et se couche.  

Le lendemain, avant de quitter la maison, il baisse le thermostat et met en route une station de radio religieuse. John List avait placé les corps de sa femme et de ses enfants sur des sacs de couchage dans la salle de bal du manoir. Celui de sa mère, il l'a laissé dans l'appartement qu'elle occupait dans le grenier. Sur le bureau de son étude, se trouvait une lettre de cinq pages destinée à son pasteur. Il avait aussi envoyé des courriers aux écoles des enfants et aux entreprises dans lesquelles les adolescents travaillaient à temps partiel, affirmant que les enfants seraient partis en Caroline du Nord durant quelques semaines pour visiter leur grand-mère maternelle souffrante. Grand-mère maternelle qui en l’occurrence était réellement malade et à propos de laquelle List a déclaré plus tard que si elle était venue elle aurait été sa sixième victime.

Jean-Claude Romand

L'affaire Jean-Claude Romand est un événement qui s'est déroulé en France au début de 1993. Cette affaire a eu un fort retentissement dans le pays et plusieurs ouvrages ont été ultérieurement écrits sur le sujet. 

Pour résumer, Jean-Claude Romand est un homme qui cache à son entourage la vérité sur ses études et ses activités professionnelles, ceci durant dix-huit ans. Il vit de sommes d'argent escroquées au fil des ans dans son cercle de relations, à ses parents et beaux-parents, aussi bien qu'à sa maîtresse, auprès de laquelle il emprunte une importante somme d'argent. Le samedi 9 janvier 1993, quelques semaines avant d'avoir 39 ans, alors qu'il est à court de ressources financières, il tue son épouse avec un rouleau à pâtisserie, puis il tue ses deux jeunes enfants dans leur chambre en tirant à l'arrière du crâne avec une carabine 22 Long Rifle équipée d'un silencieux.

Le jour même, il part déjeuner chez ses parents dans le Jura. Parvenu sur place il les tue, ainsi que leur chien labrador, toujours avec sa carabine et de dos. Ensuite il reprend sa voiture pour aller à Paris pour passer la soirée avec son ancienne maîtresse, qu'il tente aussi de tuer, en l'étranglant.

Regard sur la vie de Dupont de Ligonnès

John List s'était recréé une vie similaire à la précédente dans un autre État des USA. Sorte de nouveau départ ou moyen de se dissimuler dans la respectabilité ? Femme, enfants, travail, église, il avait une nouvelle vie en Virginie. S'il a été retrouvé, c'est surtout grâce à une nouvelle émission télévisée créée en 1988 : America’s Most Wanted. Son but ? Montrer certains des plus grands fugitifs américains sur les écrans de télévision à travers le pays. 

Environ un an après sa création, en 1989, l'émission AMW diffuse le cas de John List. Un buste actualisé de List est réalisé par un sculpteur pour l'occasion et montré durant l'émission. Plusieurs appels sont reçus au standard et parmi eux "celui d'une dame qui a appelé pour dire que le buste ressemblait beaucoup à l'un de ses voisins, Robert P. Clark."* La vie similaire à List de Clark a facilité la tâche des enquêteurs pour retrouver l'auteur des meurtres de Jersey City, 18 ans après le drame.

Le procès retentissant de John List a lieu au cours de 1990. Cette année-là, Xavier Dupont de Ligonnès fait un périple en voiture de plusieurs mois aux Etats-Unis avec un ami.

Xavier De Ligonnès, un regard souvent ailleurs

En avril 2011, Xavier de Ligonnès est financièrement depuis plusieurs mois aux abois. Il multiplie les échecs professionnels et se trouve dans une situation financière critique. Rattrapé par les dettes, il est notamment poursuivi par une ancienne maîtresse. Elle souhaite récupérer une importante somme d'argent qu'elle lui a prêté et pour cela, elle mandate un huissier, qui se présente d'ailleurs devant la maison des Ligonnès le 5 avril 2011 et trouve porte close.

Les corps des enfants Dupont de Ligonnès ont été découverts enterrés à l'extérieur de la maison en location qu'occupait la famille à Nantes. Arthur, l'ainé, avait 20 ans. Il a été tué de deux balles dans la tête. La fille du couple, Anne, avait 16 ans et Benoit le plus jeune fils 13 ans. Anne a reçu deux balles dans la tête tandis que Benoît a reçu trois balles dans la tête et deux dans le thorax. A-t-il tenté de se défendre ?

Xavier Dupont de Ligonnès a un autre fils, absent de Nantes, Thomas. Le 5 avril à 23h45, il le ramène avec lui à la maison. Il avait 18 ans. Il aurait été tué en dernier. Il a reçu deux balles dans la tête et une balle dans le thorax. Les victimes ont toutes été tuées à l'aide d'une carabine 22 Long Rifle équipée d'un silencieux. Les deux chiens du couple Dupont de Ligonnès, des labradors, ont également été tués par balles.

Agnès Dupont de Ligonnès, épouse de Xavier et mère des enfants, a 48 ans au moment du drame. Elle occupe un travail à temps partiel dans une école tandis que son aîné Arthur a un travail à temps partiel dans une pizzeria. Agnès a reçu deux balles dans la tête.

Il existe de nombreuses similitudes entre l'Affaire John List et la tuerie de Nantes, et plusieurs coïncidences, ce qui n'en est pas moins étrange. Autour de John List, il y a des références religieuses, la lettre au pasteur, le devenir de ses proches dans l'au-delà. Interrogé en 2002 sur ses motivations, List a notamment "souligné la croyance qu'il souhaitait que sa famille fasse un voyage paisible et rapide au paradis*". Quant à la tuerie de Nantes, les références religieuses y sont présentes à plusieurs occasions et des objets religieux accompagnaient chaque corps retrouvé enterré. Les courriers aux écoles des enfants font aussi partie du scénario.

Une nouvelle vie

Alors que John List a repris sa vie d'avant pendant 18 ans, Jean-Claude Romand, lui, s'était déjà inventé une autre vie. En tout état de cause, il a lui aussi été arrêté.

Si Xavier Dupont de Ligonnès, présumé innocent, est l'auteur des assassinats de Nantes en avril 2011, et qu'il s'est inspiré de ceux perpétrés en 1971 et 1993, pourquoi n'aurait-il pas copié jusqu'au bout la vie de John List ? List avait réussi à retarder la découverte des corps d'environ un mois. Dupont de Ligonnès de près de deux semaines.  

S'il est toujours vivant depuis sa fuite en 2011, et après toutes ces années de cavale, Xavier Dupont de Ligonnès, connu pour avoir une aisance verbale et un sourire commercial, pourrait fort bien vivre de nouveau en couple, avoir un enfant et travailler pour une entreprise de Télécom. Avec comme nouveau nom Robert ?

Sources

Wikipédia, Wikipedia EN, https://abcnews.go.com/2020/story?id=132646&page=1, compilation personnelle, *https://www.historic-newspapers.com/blog/the-list-murders/, https://www.leparisien.fr/faits-divers/xavier-de-ligonnes-a-contacte-au-moins-quatre-anciennes-amies-avant-les-meurtres-23-12-2011-1781331.php?ts=1634660891195, https://www.parismatch.com, Photos : recadrages d'images largement reprises.

14 janvier 2023

Disparition de Cécile Vallin : Une jeune fille désemparée ?

Cécile Vallin a disparu le dimanche 8 juin 1997 dans la vallée de la Maurienne, en Savoie. Née et ayant passé son enfance et sa pré-adolescence en Normandie, elle habitait à Saint-Jean-de-Maurienne depuis trois ans. Elle a disparu après avoir été aperçue marchant au bord d'une route et depuis ce jour, on a perdu toute trace de la jeune fille, âgée au moment de 17 ans et demi. ANALYSE.

Le samedi 7 juin 1997, la veille de sa disparition, Cécile Vallin avait organisé une petite fête dans l'appartement de fonction de son beau-père, proviseur du Lycée, et de sa mère, professeur, absents pour le weekend. Sans leur autorisation. Au cours de la soirée, avec la jeune fille mineure ne se trouvent, ni Jeremy, son petit ami depuis deux ans, ni Sandrine, sa meilleure amie, ni Kamel, son confident un peu plus âgé. C'est un autre entourage de camarades lycéens qui est présent dans l'appartement.

Les quatre garçons sont Sébastien, dont on sait qu'il a "flirté" avec Cécile au cours de la soirée, ainsi que Karim, Mathias et Benoît. A part leurs prénoms, on sait peu de choses des garçons. Ils auraient été invités à bénéficier du mur d'escalade situé dans l'enceinte du Lycée. Cécile faisant partie des grimpeurs de la section d'escalade, les membres de la section allaient faire de l'escalade le weekend, on était un weekend et, semble-t-il, il faisait beau. Alors ces jeunes gens étaient-ils étrangers à cette section ou bien Cécile ce weekend-là devait-elle rester au Lycée ?

Le départ

Le dimanche 8 juin dans l'après-midi, à une heure correspondant davantage à celle où l'on met fin à ses activités dominicales ou du weekend pour rentrer, c'est à ce moment-là que Cécile Vallin prend la décision de partir de chez elle. Elle ne laisse aucun mot. S'est-elle absentée pour quelques instants, le temps de trouver une cabine téléphonique afin de passer un appel intraçable sur la facture de ses parents ? Ou a-t-elle entrepris de se diriger vers l'endroit où elle pensait que se trouvait son petit ami Jérémy, faisant sur son chemin régulièrement des tentatives d'appels ?

Cécile Vallin serait partie du domicile familial sans son portefeuille. Dans les différents documentaires, il est précisé qu'elle n'aurait pas emporté d'argent liquide bien que l'on ignorât le montant contenu dans le portefeuille avant son départ. Il est dit aussi que la jeune fille serait partie avec sa carte nationale d'identité (CNI), son attestation de sortie du territoire étant mineure, une carte de retrait bancaire, une carte téléphonique (carte prépayée spéciale cabines des années 1990) et ses clés. En apparence sans sac elle aurait mis tous ces documents dans les poches de son pantalon (ou elle les aurait jetés quelque part ?).

Les recherches effectuées n'ont rien donné et ce cas de personne disparue est venu rejoindre la longue liste des affaires non résolues. Depuis que la disparition de Cécile Vallin bénéficie d'une large couverture médiatique, les reportages s'enchaînent sur le sujet. L'affaire a quelque chose d'étrange et de pesant que le paysage de montagne accentue. Les témoignages en Savoie sont minoritaires. Cécile doit passer son Bac de Philo la semaine suivante. Elle est en classe de Terminale littéraire, pourtant elle a envie d'être "prof de sport". A la rentrée, elle prévoit de s'installer avec sa meilleure amie à Grenoble en colocation. Projet qu'elle a hâte de réaliser pour "enfin" quitter le foyer familial.

Le dimanche 8 juin 1997

Le samedi 7 juin 1997, une soirée d'adolescents avec une jeune fille et quatre garçons s'est déroulée dans l'appartement où habitait Cécile. Le récit qui en a été rapporté peut être résumé en deux mots : avec modération. Quoiqu'il en ait été, quelque chose a justifié que Cécile, dès le lendemain matin, tente de joindre sa sœur au téléphone. Voici la chronologie connue ou estimée du dimanche 8 juin :

- Avant 10h44 emploi du temps de Cécile inconnu.

- 10h45 Elle tente sans succès de joindre sa demi-sœur au téléphone, celle-ci étant absente, c'est une cousine colocataire qui décroche, l'échange est bref.

- Début d'après-midi, heure inconnue, Sébastien retourne dans l'appartement où réside Cécile, jusqu'à 

- 16h45, heure à laquelle Cécile appelle sa meilleure amie Sandrine, après le départ de Sébastien. Elle lui demande de venir, ce que son amie ne peut faire. La conversation dure environ 30 mn. Ensuite, à

- 17h18 Cécile appelle son père en Normandie pour lui confier ses inquiétudes, la communication dure jusqu'à 17h24.

- Autour de 17h30-35, départ estimé de Cécile de son domicile. Elle ferme la porte à clé.

- Vers 17h35 [estimé] Une personne aurait aperçu Cécile près de la gare de Saint-Jean-de-Maurienne.

La distance entre le domicile de Cécile et l'école de Pontamafrey représente environ 5,5 km à l'échelle 200m de Google Maps. Pour une vitesse de marche estimée à 5-6 km/heure cela donne environ une heure de marche. Le site Mappy indique 1h13 par le centre-ville de Saint-Jean, ce qui confirme une heure de marche environ par la gare.

La cabine téléphonique de la Gare de Saint-Jean en septembre 2012 (Google Street View)

- Vers 17h40 [estimé] Un témoin aurait vu Cécile près d'une cabine téléphonique (laquelle ?)

- 17h45 Une camarade de Cécile, Myriam, la voit marcher le long de la D906 à la sortie de Saint-Jean-de-Maurienne, en direction de la D1006, sans sac apparent.

- Vers 18h00 [estimé] L'ancien curé de Saint-Jean aurait aperçu Cécile sur le pont enjambant l'Arc.

- Un témoin à 18h15 est persuadé d'avoir croisé Cécile une première fois (lieu ?) [lieu estimé : avant la zone d'activités - pour lui après la zone d'activités]

- Vers 18h45, Cécile est aperçue une seconde fois devant (ou auprès) de l’École élémentaire de Pontamafrey par le témoin de 18h15 [donc à son retour].

Cabine télecom située entre la gare et la D906, celle de Pontamafrey (avr. 2008), la station service (oct. 2009)

- Cécile aurait été vue par un témoin à une station service sur la D1006 à l'arrière d'une Peugeot 205 rouge immatriculée dans la région de Turin. On traverse Pontamafrey depuis l'école élémentaire par une rue débouchant sur la D1006, principal axe routier venant de Turin, peu après la cabine téléphonique, et la station service se trouve seulement quelques centaines de mètres plus loin. On peut imaginer une voiture prenant en stop une jeune fille à la station service, on peut difficilement imaginer un automobiliste enlever une jeune fille dans Pontamafrey et s'arrêter ensuite pour faire du carburant à la sortie du village. En tout état de cause l'heure du témoignage n'est pas révélée. Heure estimée 19h00.

Le choc des émotions

Une situation inédite dans la vie de jeune femme de Cécile Vallin s'est probablement créée au cours du weekend des 7 et 8 juin 1997. Un événement entraînant une cascade de questionnements relatifs à ses projets scolaires et sentimentaux ? Quelque chose de plus important ? Ne réussissant pas à exprimer ses inquiétudes, surtout par téléphone, aux personnes avec lesquelles elle était la plus proche, pour des raisons liées aux circonstances, une densité émotionnelle l'aurait-elle désemparée ? 

Certains témoignages parlent d'une Cécile triste, d'autres d'une Cécile énervée. Serait-elle sortie dans l'espoir de résoudre d'abord son problème de loyauté vis à vis de son petit ami Jérémy ? Quels étaient d'ailleurs ses projets avec lui, pour le moyen terme ou par exemple pour les prochaines vacances scolaires ? Pensait-elle rencontrer quelqu'un sur le parking situé au pied de la montagne et proche de l'Ecole élementaire ? Quelle a été sa dernière décision ?

A propos du témoignage de l'ancien curé de Saint-Jean

Si l'ancien curé de Saint-Jean a aperçu Cécile sur le pont enjambant l'Arc autour de 18h00 en allant vers Pontamafrey comme sa progression à pied peut le laisser supposer, il s'agit d'un élément s'inscrivant logiquement dans la chronologie. Si l'heure de l'observation se situe vers 19h00 ou plus, il s'agirait de Cécile retournant vers Saint-Jean-de-Maurienne.

A propos du platane sur la D906 marqué d'une croix rouge

Voici le platane marqué d'une croix rouge pour l'émission "Non Élucidé" du 4 février 2021 (Image Google Street View). S'agit-il d'un arbre pris au hasard pour la reconstitution ? Si cet arbre est celui où Cécile a été réellement vue par son amie, il est situé un peu plus loin que "la sortie" de la ville. Il faut plus de temps pour y arriver. Un décalage de quelques minutes dont on pourrait déduire que Cécile serait partie juste après avoir raccroché d'avec son père.

A propos de cet article

Un concours de circonstances a conduit à cette analyse de la disparition il y a 25 ans de Cécile Vallin (voir le commentaire sous l'article). Compte tenu du contexte entourant cette affaire, contrairement  à l'habitude rédactionnelle, une ou plusieurs modifications, précisions ou mises à jour pourraient avoir lieu ultérieurement.

Sources :

- Émission L'Heure du Crime "La disparition de Cécile Vallin", présentée par Jean-Alphonse Richard sur RTL.

- Émission Les Cicatrices de la Justice de Farrah Youbi "Cécile où es tu?", présentée par Paul Lefèvre sur Planète +.

- Émission Non Élucidé "L'Affaire Cécile Vallin", présentée par Arnaud Poivre d'Arvor sur RMC Story.

- Page Wikipédia Affaire Cécile Vallin

- Google Maps

18 décembre 2022

L'énigme des disparus de Boutiers - Les interrogations

 
Cinquante ans que l'on cherche les Méchinaud, cette famille disparue dans la nuit de Noël 1972. S'est-elle évanouie à Cognac ou dans les environs immédiats de cette ville située en Charente ? Est-elle partie pour une nouvelle vie ou pour un sombre destin ? Cinquante ans de recherches régulières, de sondages de terrains et de plongées dans l'eau trouble pour tenter de retrouver ces habitants de Boutiers-Saint-Trojan ainsi que leur voiture, une Simca 1100. Cinquante ans de mystère et d'interrogations. Retour sur les personnages principaux adultes en lien avec l'Affaire des disparus de Boutiers :

Jacques Méchinaud

On pouvait logiquement le déduire à l'étude du déroulement de l'affaire, on en trouve confirmation, au moment des Fêtes de Noël 1972, Jacques Méchinaud, 31 ans, "bénéficie de quelque jours de vacances"(JB). Le père de famille travaille à l'usine Saint-Gobain Emballages proche de son domicile à l'entrée de Boutiers, qu'il habite depuis deux ans et demi (CL 01/73). Bien considéré par ses collègues, il s'occupe de l’entretien des machines "et, en mécanicien doué, enchaîne les « extras », notamment pour les agriculteurs des alentours."(JB)

Pierrette Méchinaud

La jeune femme de 29 ans est la femme de Jacques Méchinaud. Elle est femme au foyer et s'occupe de ses deux petits garçons de 7 et 4 ans, Eric et Bruno.

Maurice B. 

Au moment des faits, cela fait deux ans que Maurice B., ouvrier viticole âgé de 30 ans, fréquente sa voisine durant l'absence de son mari. L'homme indique « Mes parents avaient la maison voisine de celle des Méchinaud, les jardins étaient séparés d’un simple grillage. » (M)

Jean-Paul Méchinaud

Jean-Paul est proche de son frère Jacques parce qu'ils sont les deux derniers garçons au sein de la fratrie de 11 enfants. Jean-Paul et son épouse avaient compris les difficultés du couple quelques mois avant la disparition des parents et des deux enfants. C'était lors de la Foire-expo d'Angoulême : « On était assis à discuter. Jacques et Jean-Paul prenaient une bière. » (SO et L) 

Annie H

Avec son frère Jean-Paul, la sœur de Jacques Méchinaud avait exprimé en 2010 "son souhait que de nouvelles investigations puissent être menées." Elle vit en Vendée. (SO°)

Bernard H (autre nom)

Bernard H. est un collègue de Jacques Méchinaud et aussi un voisin. Il connait le disparu au moins depuis son mariage, puisqu'avant la disparition il l'"a fréquenté pendant huit ans". (L + autre)

Les F

Monsieur et Madame F. sont, selon la Presse de l'époque, les amis chez qui les Méchinaud sont allés passer le réveillon de Noël. Le moment où la décision de réveillonner chez les F. a été prise n'est pas indiquée. Ils seraient les dernières personnes à avoir vu la famille Méchinaud vivante.

Monsieur X

Monsieur X est le "copain de régiment" que, selon Maurice B., Jacques Méchinaud serait allé voir en Vendée peu avant la disparition de la famille. Aucune autre information à son sujet n'a été divulguée.

La maison des Méchinaud extraite du journal de l'ORTF diffusé après la disparition (source INA)
RAPPEL DES DATES CLÉS DE L'AFFAIRE DES DISPARUS DE BOUTIERS. FIN 1972 :

Samedi 16 décembre

- Par une voisine, Jacques Méchinaud aurait appris que sa femme le trompait. (différentes sources dont M)

Lundi 18 décembre

- Maurice B. l'amant, est prévenu par une amie que le mari "est au courant". (M)

Mercredi 20 décembre

- Maurice B. voit Pierrette Méchinaud alors qu'elle est à sa fenêtre et lui dehors. Elle lui confirme que quelqu’un l'avait dit a son mari. (M)
- Maurice B. constate qu' "Elle avait des marques de strangulation, un œil poché, (...)". (différentes sources dont M)
- "Elle avait reçu des coups de son mari quand il avait appris sa relation avec Maurice. C’était deux jours avant la disparition". (CL)
- Jacques Méchinaud s'absente dans la journée, un aller-retour. Il aurait rendu visite à « un copain de régiment en Vendée ». (M°)

Jeudi 21 décembre

- Jacques Méchinaud s'absente de nouveau dans la journée, un aller-retour pour la même raison. (M°)

Dimanche 24 décembre 

- "Mr F. se souvient : « Nous avons passé l'après midi ensemble. Nous nous sommes promenés en voiture avec nos enfants. » (CL 08/09/78)
- Maurice B. réveillonne en famille dans la maison voisine des Méchinaud. Il constate que la voiture du couple est absente. (M)
Monsieur F. indique ensuite « Puis nous avons réveillonné. L'ambiance était très détendue. » (CL 08/09/78) 

Lundi 25 décembre 

 - La voiture des Méchinaud étant toujours absente, Maurice B. est pris d'un doute, et comme il a une clé, entre dans la maison des Méchinaud. Constatant que le poêle est éteint, il décide de contacter le mari de la soeur de Pierrette, qu'il connait par un club de sport local. (M)
- Les deux hommes voient les cadeaux intacts pour les enfants sous le sapin, et un chéquier bien en évidence sur le frigo. (M)
- Le beau-frère de Pierrette signale l'absence de la famille à la Gendarmerie (M) qui ne donne pas suite, en raison du délai légal.
- "La famille (NdR Laquelle ?) elle, s’étonne en revanche de ne pas avoir de nouvelles car un repas est prévu le jour de Noël." (JB + autre source)

Mardi 26 décembre

- Des membres de la famille Méchinaud (11 enfants) ou de la famille de Pierrette, se rendent-ils à Boutiers pour prendre des nouvelles des Méchinaud ? L'histoire ne dit rien à ce sujet.

DÉBUT 1973

Jeudi 4 janvier

- "La famille l'a appris 10 jours après Noël, c'est-à-dire début janvier, par la presse, tout simplement", indique Jean-Paul Méchinaud. Il rappelle que son sentiment à l'époque était la disparition "(...) parce qu'il avait fait plusieurs voyages en Australie." (RTL)

Samedi 6 janvier

- Pierre E., le père de Pierrette, signale à la gendarmerie la disparition de sa fille, de son beau-fils et de ses deux petits-enfants.(SO 24/12/12)
- "Début janvier 1973, l’enquête débute." (FS) 

Au delà de la question "Où sont les Méchinaud", les interrogations sur cette mystérieuse disparition ne manquent pas. L'histoire ne dit pas, en effet, combien il est difficile de conduire dans le brouillard épais à une époque où l'éclairage des voitures était plutôt limité. L'installation de feux additionnels dits "de brouillard" était d'ailleurs un accessoire prisé (la Simca 1100 en était-elle équipée ?). Il n'est pas non plus dit que la couleur rouge grenat était au contraire une teinte parmi les rares permettant de distinguer un véhicule en de telles circonstances, et si la famille a été accompagnée par leurs hôtes jusqu'à la rue à leur départ (il s'agit généralement d'un usage), ni dans quelle direction sont partis les Méchinaud. 

Ils auraient effectué un parcours de 3800 mètres situé en partie en ville dans une nuit de fête durant laquelle d'autres voitures devaient probablement, lentement, circuler.

Dans ce brouillard, qui ne permet pas de distinguer "à plus de trois mètres", comment conduire, avec certitude, vers un point de non retour sans le risque, justement, de ne pas y arriver ? Et sans éveiller de protestation du conjoint ?

L'histoire est muette aussi, à propos des voyages en Australie qu'aurait effectué Jacques Méchinaud, et notamment des dates, pas plus qu'elle ne parle, comme pour du supposé argent en espèces, de l'existence ou non d'un ou de plusieurs passeports. On s'interroge aussi sur la nécessité d'effectuer un ou plusieurs déplacement sur une distance non négligeable, en Vendée, trois jours à peine avant la disparition. Pour obtenir une arme, une seconde voiture ? Et dans ce cas plus besoin de, si on peut dire, simplement précipiter sa voiture et les occupants dans un gouffre.

L'histoire ne dit pas non plus quand s'est décidé que les Méchinaud aillent passer le réveillon chez les F., alors que dinde et huitres attendent dans leur réfrigérateur. Après une promenade en voiture, le repas de Noël chez les F. n'était-il pas plutôt pour les enfants qui ne devaient pas faire attendre Monsieur F. "qui venait les chercher" comme l'indique à l'époque le journal télévisé ?

Sources :

(CL) La Charente Libre

(M) https://www.marianne.net/societe/police-et-justice/disparus-de-boutiers-50-ans-apres-la-justice-sur-les-traces-de-la-famille-mechinaud

(M°) D'autres sources indiquent "Il s'absente pour deux jours" "Il s'absente plusieurs jours"

(L)https://www.liberation.fr/histoires/2003/02/04/le-mystere-de-la-simca-1100-grenat_429794/

(JB) https://jeanberthelot.com/2017/06/01/disparus-de-boutiers-le-deuil-impossible/

(SO) Site du journal Sud-Ouest

(SO°) https://www.sudouest.fr/charente/angouleme/a-chaque-noel-on-y-pense-9759753.php

(FS)http://archive.francesoir.fr/actualite/faits-divers/recherche-d-une-famille-disparue%E2%80%A6-en-1972-159799.html

(RTL) https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/les-disparus-de-boutiers-7789076944 [33:57]

Image en-tête : Pexels.com/skitterphoto

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