25 février 2023

La cavale de John List

EXCLUSIF. John List était un citoyen américain ordinaire. Il a beaucoup fait parler de lui à la fin de l'année 1971 pour avoir, le 9 novembre, tué sa femme, sa mère et ses trois enfants dans la maison familiale située dans le New Jersey. Âgé de 46 ans il a ensuite totalement disparu. 

Pour commettre ses assassinats John List avait tout planifié méticuleusement et il s'est passé près d'un mois avant que l'on s'aperçoive du drame. En cela, l'affaire Dupont de Ligonnès lui ressemble sur  plusieurs points. On ne retrouvera le criminel que 18 ans plus tard, le 1er Juin 1989, après la diffusion d'une émission de télévision d'appels à témoignages.

S'il est possible, par les points semblables et les curieuses coïncidences, de rapprocher deux affaires situées à près de 40 années de distance, il peut paraître intéressant, pour pouvoir éventuellement l'extrapoler à un autre cas similaire, de savoir ce qu'a été la vie de John List lors de sa cavale. Cette possibilité nous est donnée grâce à un article du Washington Post datant du 1er juillet 1989, un mois après son arrestation en Virginie.

La vie de John List retracée

La dernière trace de John List après son départ de son imposante maison de Westfield est sa voiture, un modèle de Chevrolet Impala datant de 1963, qui fut retrouvée stationnée sur un parking de l'Aéroport International JFK de New York trois jours après que l'on ait découvert les corps. Les autorités pensent alors que List a débuté une nouvelle vie vers l'ouest et en réalité à la fin 1972, un certain Robert Clark vit dans dans un parc pour caravanes à la périphérie de Golden, une banlieue à l'ouest de Denver dans le Colorado.

Le soir, il travaille dans les cuisines d'un hôtel proche et un collègue dira de lui qu'il a une obsession pour l'Histoire. Qu'il pouvait lui poser n'importe quelle question relative aux rois d'Angleterre ou autres et qu'il pouvait donner les dates de leur règne, les prénoms et dates de naissance des enfants, et qu'il savait tout cela par cœur, comme si c'était une façon pour lui d'enterrer sa propre histoire. Le collègue, qui est aussi le chef de cuisine devient ami avec Robert Clark/John List et en 1975, lorsqu'il change d'établissement pour le Country Club à Parker au sud est de Denver, il emmène List avec lui.

Le fugitif est un bon collègue dur à la tâche et il passe rapidement du parc à caravanes à un appartement à une chambre puis à un autre à deux chambres, selon son collègue parce qu'il aimait jouer aux jeux de guerre avec avec petits soldats de plomb et avait besoin de place. Et puis, en 1977, John List retrouve un travail de comptable, profession qu'il occupait avant le drame, et la même année il rencontre une femme dans une réunion paroissiale, Delores Miller. Il commence à fréquenter Delores Miller et déménage en 1978 pour habiter à l'Est de Denver, à Aurora, dans un complexe d'immeubles situé à l'Est de la ville.

Pour pouvoir emménager dans cet appartement, John List possédait un permis de conduire, une carte de sécurité sociale et plusieurs cartes de crédit au nom de Robert P. Clark. Selon le Washington Post, lors de son procès ultérieur, la police ne sait pas s'il s'est inventé une identité à l'aide de faux documents ou s'il a pris l'identité d'une personne décédée. Dans la demande de location qu'il a remplie en 1978, Clark a indiqué qu'il travaillait depuis 18 mois (à partir de janvier 1976) comme comptable pour une société R.C. Miller & Co de Wheat Ridge, au Colorado. Or il n'existe à l'époque aucun dossier fiscal ou commercial pour une telle société dans les dossiers de l'État du Colorado ou de la ville de Wheat Ridge.

En novembre 1985, John List emménage chez Delores Miller. Un mois plus tard le couple se marie. Après avoir occupé deux autres emplois de comptable dans la région de Denver, Robert Clark décide de créer sa propre entreprise en 1986. Mais sa société périclite, et les problèmes financiers reviennent. Clark/List recherche de nouveau du travail. Ses problèmes perdurent jusqu'à ce qu'il décroche finalement un emploi de comptable à Richmond, une ville située plus à l'Est des Etats-Unis, en Virginie. 

John List déménage en Virginie en février 1988 et emménage au mois de juillet à Brandermill, au sud ouest de Richmond, dans une maison de 76 000 dollars achetée au nom de sa femme, et pour laquelle elle a versé 12 000 dollars. Auparavant, il vivait modestement dans les environs de Denver depuis plus de 15 ans.

Qui a dénoncé John List ?

Selon l'article du Washington Post, un agent du FBI a déclaré qu'il ne lui était pas possible de vérifier qu'elle était la personne qui avait appelé pour dénoncer Robert Clark le soir du 21 mai 1989 lors de la diffusion de l'émission "America's Most Wanted". Cependant, la voisine de Delores Miller au moment ou Robert Clark avait emménagé chez Delores a reconnu Clark et a dit à son gendre d'appeler le FBI. Ce n'était pas la première fois que cette voisine identifiait Clark comme étant John List, selon ses dires. Elle dit avoir, en février 1987, acheté un magazine à l'épicerie et y avoir lu un article sur les meurtres de List. Elle a montré l'article avec la photo à Delores Clark en lui demandant : "Ce n'est pas votre mari ?". L'ancienne voisine précise que Delores Clark a fixé la photo pendant une minute pour finalement répondre "Oh non, ce n'est pas lui." Tout naturellement la voisine a ajouté "Pourquoi vous ne lui montrez pas ?". La réponse aurait été de déchirer l'article.


Source : https://www.washingtonpost.com/archive/local/1989/07/01/a-double-life-for-17-years/e6ea9055-c690-428c-bbe2-75c86adc82a4/

20 février 2023

Xavier Dupont de Ligonnès : Parti pour de bon ?

 

Depuis son départ de Nantes, c'est un  Xavier Dupont de Ligonnès décidé qui a sillonné l'Ouest et le Sud de la France. Logeant d'abord dans des hôtels économiques puis dans une luxueuse bastide avec restaurant gastronomique et retournant ensuite aux établissements à bas coût, parcourant un long trajet par l'autoroute à péage et le lendemain retirant modestement 30 euros de la Caisse d'Epargne, son comportement pourrait surprendre. L'homme semble alterner dépenses inconsidérées et manque d'argent. Cela aurait d'ailleurs été une habitude de vie.

Des distributeurs alimentaires se trouvent à l'époque en face du DAB de Roquebrune-sur-Argens

Dans cette affaire non résolue, certains détails n'ont rien de mystérieux. Un exemple. Qu'y aurait-il de mystérieux à ce que Xavier Dupont de Ligonnès, dont on nous dit qu'il avait travaillé comme commercial pour une entreprise située à Monaco, ait pu obtenir, et conserver, d'autant plus auprès d'une banque française, un compte bancaire dans l'agence se situant dans le pays du siège de l'entreprise ? Point de mystère ici.

Xavier Dupont de Ligonnès aurait clôturé, nous dit-on au début de l'affaire, l'ensemble de ses comptes bancaires. La question qui vient immédiatement à l'esprit est : Avait-il un compte-joint avec son épouse ? L'école des enfants a reçu un solde de tout compte. Le bail de la maison a été résilié. Est-il allé jusqu'à résilier les compteurs eau et électricité étant locataire en communiquant les index des compteurs ? Les factures seront émises plus tard et ce détail montre que, dans cette complexe affaire Dupont de Ligonnès, l'accent à d'abord été mis par le père de famille sur des éléments en lien avec l'absence à l'école ou au travail.

Xavier Dupont de Ligonnès disparait

Comme évoqué précédemment, l'étrange fuite de Xavier Dupont de Ligonnès n'en serait pas une (du moins ne s'agirait-il alors que d'une "errance"). Il a été précisé que ce n'est pas une fuite mais un parcours pour son travail, pas une fuite mais une escapade, pour s'échapper (lentement), pas une fuite parce que, copiant sur John List, Dupont de Ligonnès s'est retrouvé avec du temps devant lui avant de disparaître. S'est-il lui même accordé ce délai ou lui a t-il été imposé par la réservation d'un billet d'avion ?

Au début de l'Affaire Dupont de Ligonnès, dès qu'il a été rendu public que l'homme recherché avait quitté le Formule 1 en cours d'après-midi "portant un sac à dos et en bandoulière une housse de costume", l'intime conviction de l'auteur, ignorant d'ailleurs qu'il pouvait exister des housses de costumes se portant "en bandoulière", allait vers le plus simple raisonnement.

Après avoir quitté le Formule 1, Xavier Dupont de Ligonnès se rend à pied à l'aire de Canaver située plus à l'Est sur l'autoroute A8. Pour cela, il emprunte durant quelques kilomètres la nationale 7 vers Puget-sur-Argens puis le Chemin du Jas de Pellicot. Plus tard, peut-être le 16 avril, il demande à un chauffeur routier étranger de l'emmener. Soit pour prendre l'avion à Toulouse Blagnac, où il s'était arrêté quelques jours plus tôt, puis ensuite vers la Belgique, soit pour aller en Espagne. Hélas, trois fois hélas, un témoin l'aperçoit marchant à Roquebrune sur un chemin situé face à l'hôtel, de l'autre côté de l'A8, Chemin des Châtaigniers !

Dans ce cas, après son passage dans le tunnel sous l'A8, qu'aurait pu faire XDDL ? Prendre l'autocar au vu de l'arrêt qui s'y trouve ? Sur ce, au début de l'affaire, l'hypothèse qu'il s'est suicidé l'emporte et l'on ne cherche pas Xavier Dupont de Ligonnès mais son corps.

***

L'hypothèse incoupçonnée n'est donc pas totalement l'idée de l'auteur, il s'agit d'une version créée à partir des éléments connus, du terrain et surtout des témoignages de personnes ayant crû apercevoir le père de famille recherché. Et parmi tous les témoignages de ces dernières années, seulement deux ou trois ont vraisemblablement vu Xavier Dupont de Ligonnès.

Le matin du 16 avril, l'homme, qui se rase habituellement la tête d'avril à septembre, a modifié son apparence physique. Ayant réservé une place auprès d'une compagnie aérienne quinze jours trois semaines avant son vol pour bénéficier d'un tarif avantageux, il s'élance sur la route nationale 7 à la sortie de Roquebrune-sur-Argens, pour une vie de routard d'une dizaine de jours. Avant de partir définitivement, il profite encore quelques temps de la région, marche le long de la célèbre route des vacances et pense à l'autre voie mythique, la route 66.

Du 16 au 21, il se déplace sans que quiconque puisse se douter de quoi que ce soit le concernant. Six jours durant lesquels, selon ses horaires de déplacements, il peut éventuellement faire de l'auto-stop. La disparition prise en compte le 19, la scène d'horreur découverte seulement le 21, et loin de la Provence, ne peut pas, avant cette date, éveiller l'intérêt dans cette région que le suspect présumé puisse s'y trouver.

Cependant, dès le 21 avril, l'affaire prenant alors une tournure dramatique dans les médias, Xavier Dupont de Ligonnès choisit probablement de circuler la nuit. Avec l'hypothèse d'un périple de XDDL le long de la RN7, et dans le sens Est-Ouest, il se trouve déjà loin de Fréjus quand on le localise à cet endroit. A-t-il poussé son errance jusqu'au nord d'Aix-en-Provence, endroit se trouvant noté avec une croix parmi d'autres sur une carte trouvée sur son réfrigérateur à Nantes ? Son trajet le conduit-il dans un lieu de retraite comme il en existe dans les environs, un lieu où le comte de Ligonnès devient Monsieur Dupont, un inconnu ?

L'inconnu du Sud

C'est un homme un peu étrange qui surgit de nuit le 26 avril 2011 à Lançon-Provence. Il est 2h44 et il apparaît à la station-service Total située sur l'aire autoroutière après le péage. De grande taille, d'environ 50 ans d'âge, cheveux grisonnants, portant des lunettes et barbe d'un jour, l'inconnu s'éternise entre les pompes à carburant et la boutique. 

A un moment, il est remarqué par deux clients venus faire le plein. Il attire leur attention parce qu'il a posé à ses pieds quatre sacs cabas de couleurs différentes, et l'un des deux clients trouve qu'il ressemble à l'homme qui a tué toute sa famille à Nantes. Il est remarqué aussi par la caissière de la station-service de par ses allées et venues et puis il vient lui demander un café promotionnel gratuit. De plus elle note qu'il lui manque une dent. Et il manque en effet une dent à Xavier Dupont de Ligonnès, ce que la caissière ignore au moment, comme tout le monde.

L'inconnu finit par monter dans le Volkswagen Combi d'un autre client de la station-service, venu lui aussi de nuit. Il ignore tout du drame de Nantes, et emmène l'auto-stoppeur pour quelques kilomètres jusqu'à une sortie d'autoroute permettant à son passager peu loquace de se rendre à son but : la gare d'Aix-en-Provence, pour prendre le train. Le conducteur du Combi note que l'homme ne sent pas très bon, a une barbe naissante et il le dépose un peu plus tard, entre 4h00 et 4h15, à une sortie d'autoroute dont il ne se rappellera plus précisément le numéro, selon lui la 30 ou 31.

La sortie 30 permet d'entrer dans Aix-en-Provence au plus près de la gare SNCF. Pour s'y rendre, l'inconnu a deux choix. Il peut emprunter la rue Pierre Brossolette se trouvant face à lui et descendre un escalier à droite dans la rue des Belges pour arriver par un côté. Il peut aussi préférer la rue de la Fourane située un peu plus loin à droite. Sur la gauche, elle donne vers l'Avenue Robert Schuman et permet d'atteindre la gare par l'autre côté. Une nouvelle Avenue Schuman, trois semaines après le début de la tuerie de Nantes. Le monde est petit.

Il est à préciser la chronologie suivante. De la date des exécutions à Nantes le 7 avril à l'arrivée de Xavier Dupont de Ligonnès à Roquebrune-sur-Argens le 14, il s'est passé une semaine. Jusqu'au repérage de sa voiture par les gendarmes le 21, il s'est passé une deuxième semaine, et jusqu'à la dernière image que l'on a de l'inconnu à la gare SNCF d'Aix-en-Provence, une troisième semaine s'est écoulée. Moins une journée. Mais, avec sa réservation, XDDL n'est pas encore parti de France.

L'inconnu, dont la ressemblance avec Xavier Dupont de Ligonnès est frappante, est filmé par les caméras de surveillance sur le parvis de la gare d'Aix-en-Provence à 6h00. Il achète un billet de trajet local et, moins d'une demi-heure plus tard, disparait des radars après s'être glissé parmi les passagers matinaux du premier train pour Vitrolles. A peine réveillés et tout à leurs soucis du quotidien, les autres passagers ne font guère attention à lui.

Exemple en 2023

Le mardi 26 avril 2011 vers 8h00 du matin le train dans lequel l'inconnu du Sud a pris place arrive à la gare SNCF Vitrolles Aéroport Marseille Provence. Pour aller directement à l’aéroport il monte dans une navette stationnée devant la gare. Parvenu au terminus, il se rend dans les toilettes de l'aéroport pour se changer et prendre soin de son apparence avant de se diriger vers une salle d'embarquement. Un peu plus tard, l'avion pour Bruxelles dans lequel il se trouve s'élance sur la piste.

***

Il est utile de préciser que l'hypothèse retenue est une option. Une option souhaitant coller au plus près du vraisemblable. Il y en a d'autres, Nice ou Madrid. Marseille vers le Canada. Aucune n'est meilleure qu'une autre. Sauf que, en excluant le départ dans les jours suivant le drame de Nantes, toutes font nécessairement appel à une nouvelle identité. Et l'hypothèse présentée va même plus loin, elle fait appel à deux nouvelles identités. Une française et une américaine. Sur la base des nombreux voyages antérieurs aux Etats-Unis de Xavier Dupont de Ligonnès, et ceci sur une longue période de temps. Sur la base des nombreux contacts qu'il avait aux USA, élément qui a été précisé par le parrain de Benoît dans les premières années après le drame et s'est trouvé confirmé ultérieurement. Sur la base de l'obligation pour ses déplacements d'avoir un passeport, et du fait que chaque membre de la famille devait en posséder un, associé au nécessaire renouvellement de ces documents à date de validité limitée, et sur la base qu'il a donné un nom d'emprunt dès le premier soir à l'hôtel de Puilboreau, alors que ce n'était pas utile pour lui de cacher son identité, on peut émettre l'hypothèse que Xavier Dupont de Ligonnès, qui reste présumé innocent du drame de Nantes, est parti aux Etats-Unis avec des faux papiers d'identités. Et il est permis de penser que ceux-ci n'étaient pas forcément récents. En tout état de cause, il a disparu. Il s'appellera donc maintenant John Robert Doe.*

L'américain

L'avion de Bruxelles à New York dans lequel a embarqué John Doe se pose plusieurs heures plus tard au Liberty International Airport de Newark, dans le New Jersey. C'est à Newark qu'est né le célèbre romancier Harlan Coben et c'est non loin de là que John List a tué toute sa famille avant de disparaître quarante ans plus tôt. De plus, l'aéroport est situé à 11 km à l'ouest de la Statue de la Liberté. Et c'est un grand vent de liberté que respire John Doe en descendant de l'avion.

Où est allé John Doe après son arrivée aux Etats-Unis ? Si Xavier Dupont de Ligonnès possédait plusieurs comptes bancaires ainsi que différentes cartes de paiement, John Doe, de son côté, ne dispose plus que de quelques dollars. Aux Etats-Unis, il va modestement vivre de petits boulots et il pourra prochainement, tout comme Xavier Dupont de Ligonnès sur la route Nationale 7, envisager faire un road trip le long de la route 66 et ainsi réaliser pleinement son rêve américain

Depuis le New Jersey les possibilités d'existence sont multiples. Il peut, depuis l’aéroport de Newark, se rendre vers l'ouest directement à San Francisco, décider de vivre quelques temps à New York, faire la route au nord jusqu'à Chicago en passant par Cleveland, se rendre vers le sud en Floride en traversant la Virginie, s'arrêtant au passage en Georgie où il pourra y saluer d'anciennes connaissances, ou certaines connaissances d'amis, qui se souviendront peut-être de lui sous son ancien nom, ou d'un autre, et éventuellement lui trouver un travail, par exemple dans un restaurant ou comme vendeur de voitures d'occasion.

Si, le moment venu, John Doe décide de traverser les Etats-Unis par la route 66, de la parcourir entièrement, il devra commencer par l'une de ses extrémités. N'ayant rien à voir avec une route des vacances comme la Nationale 7, au contraire, la route 66 permettait à sa grande époque de traverser les Etats-Unis pour une migration économique. Les nostalgiques peuvent toujours revivre l'aventure des pionniers et découvrir, par exemple, les légendaires stations-services ou les restaurants typiques américains situés le long de cette voie mythique.

La particularité de la route 66 est qu'elle va de Chicago dans l'Illinois à Santa Monica Los Angeles en Californie. Or, après New York qui est la ville la plus peuplée des USA, la seconde et la troisième sont respectivement Los Angeles, où se termine la route 66, et Chicago, où elle débute historiquement. Or, depuis la disparition du père de famille recherché après la tuerie de Nantes, il existe deux observations vraisemblables de lui aux Etats-Unis et qui sont précisément l'une en Californie, à San Francisco, au nord de Los Angeles, et l'autre à Chicago, au bord du lac Michigan.

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Avant de vivre à Nantes, les Dupont de Ligonnès louaient une maison à Pornic, près de la côte Atlantique, à un couple de notaires qui avaient eux aussi des enfants et étaient de plus leurs voisins. Les deux familles se connaissaient bien et se fréquentaient à l'occasion, ceci jusqu'au déménagement des Dupont de Ligonnès en 2003 pour Nantes. Evidemment, quand le drame est largement médiatisée en avril 2011, le couple de notaires se souvient de cette charmante famille d'anciens voisins. Ils ne peuvent même plus l'oublier.

Et puis en 2015, à l'occasion d'une visite à leur fils qui occupe un emploi dans une multinationale située dans la Silicon Valley le couple se retrouve à San Francisco à déambuler dans le quartier français. Dans cette petite enclave historique du centre-ville, la femme entre dans une boutique alimentaire quand soudain un individu la bouscule. L'ancienne propriétaire de Xavier Dupont de Ligonnès se retourne et se trouve face à un homme vêtu d'une chemise ajustée et bien rasé qu'elle reconnait comme son ancien voisin. Elle est tellement surprise, dans le contexte du lieu où elle se trouve en Californie, qu'elle prononce à haute voix son prénom "Xavier ?". C'est alors que l'homme aurait lui aussi écarquillé les yeux avant de faire demi-tour et de s'éloigner au pas de course.

Cinq ans plus tard, en juillet 2020, dans le cadre de sa nouvelle série «Unsolved Mysteries», la chaîne américaine Netflix consacre un épisode au français disparu suspecté d'avoir tué sa femme et ses enfants à Nantes : Xavier Dupont de Ligonnès. Après la diffusion de l'épisode, le réalisateur du documentaire a bien entendu reçu quelques signalements et parmi ceux-ci l'un faisait état de plusieurs personnes ayant aperçu celui qui est appelé "Le Fugitif" dans la ville de Chicago. Des personnes qui venaient juste de voir l'épisode se trouvaient à Lake Shore Drive, quand elles ont entendu quelqu'un parler français et l'ont observé. L'homme conversait-il avec une autre personne ou était-il au téléphone ? Aucune indication n'a été fournie. Le réalisateur du documentaire ayant peu après reçu une photo de l'homme et constatant qu'il ressemblait vraiment à Xavier Dupont de Ligonnès, a signalé cette information aux autorités.

Le lieu exact de l'observation est imprécis. Lake Shore Drive correspond à un ensemble de voies longeant le lac Michigan sur une partie de la ville. Pourtant, cette piste n'est pas si farfelue. En effet, le commencement de la route 66 n'est distant que d'environ 600 mètres de la voie rapide Lake Shore Drive.

On se souvient que l'hypothèse insoupçonnée est développée sur la base que Xavier Dupont de Ligonnès remonte en partie la route Nationale 7 depuis Roquebrune. C'est-à-dire dans le sens opposé aux départs en vacances. John Doe aurait-il eu l'idée de partir de San Francisco en 2015 pour suivre la route 66 dans le sens opposé ? Erre-t-il régulièrement le long de cette route historique ?


*John Doe est aux Etats-Unis la désignation d'une personne non identifiée ou de l'homme de la rue, souvent attribuée aux corps non identifiés.

Sources : Notes personnelles, https://www.lefigaro.fr/actualite-france/2011/04/21/01016-20110421ARTFIG00380-une-famille-entiere-portee-disparue-a-nantes.php, https://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/xavier-dupont-de-ligonnes-ce-detail-physique-qui-a-failli-le-trahir_453012, https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/il-y-a-10-ans-xavier-dupont-de-ligonnes-passait-sa-premiere-nuit-de-cavale-en-charente-maritime-1618078381, transcription en Anglais d'un article de Society, diverses sources citant "Soir Mag", https://www.lindependant.fr/2021/10/20/xavier-dupont-de-ligonnes-apercu-a-chicago-comment-netflix-pourrait-avoir-relance-lenquete-jusquaux-etats-unis-9865976.php,Wikipédia. Images : Google Street View, Andreas H, PDPhotos de Pixabay + montage. Mis à jour le 15/03/23.

09 février 2023

Xavier Dupont de Ligonnès : Une hypothèse insoupçonnée

 

Suspecté d'avoir assassiné sa femme et ses quatre enfants en avril 2011 dans la maison que la famille occupait à Nantes, puis de les avoir enterrés sous la terrasse, Xavier Dupont de Ligonnès a disparu depuis 12 ans. La clé de son escapade.

Le sujet ici n'est pas de se trouver "dans la tête" du père de famille, ni d'étudier son profil psychologique, encore moins d'analyser l'influence que sa mère pourrait avoir eu sur lui. Il y a assez de spécialistes et de fictions narratives hybrides très tendance pour trouver le pourquoi. Face à un fait : Xavier Dupont de Ligonnès est parti, voici une hypothèse basée sur des éléments connus essayant de répondre au comment. Une hypothèse insoupçonnée.

Souvenez-vous, le 15 avril 2011, après une nuit au Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens, Xavier Dupont de Ligonnès quitte sa chambre et abandonne sa voiture. Le 19, une enquête pour disparition inquiétante est ouverte. Six jours après son départ de Roquebrune, le 21 avril, des restes humains sont découverts sous la terrasse de la maison familiale à Nantes. Jusqu'au 19 avril, il n'y a pas d'écho national de la disparition des Dupont de Ligonnès et ce jour-là c'est une famille qui est recherchée, pas un homme seul.

Ainsi, comme indiqué précédemment, le jour où Xavier Dupont de Ligonnès quitte l'hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens, le 15 avril, il peut aller librement où bon lui semble. Après la nuit passée dans une chambre basique dépourvue de sanitaires où les clients doivent aller régulièrement dans le couloir, à 10h19 il part une première fois de l'hôtel avec sa Citroën C5. A ce moment-là il est censé avoir rendu la chambre, ses affaires se trouvent donc logiquement avec lui dans la voiture.

Il a été révélé qu'un ami proche de Xavier Dupont de Ligonnès se trouvait dans la région ce jour-là, et plus précisément que cet ami avait quitté l'hôtel Mercure de Fréjus à 10h45 pour Draguignan. Si l'on parle bien du Mercure situé à Port-Fréjus, près de la mer, la durée donnée de 16 minutes pour traverser la ville et "borner" à Puget-sur-Argens semble assez vraisemblable, de même que les 5 minutes supplémentaires pour rejoindre Le Muy. L'ami arrive au Muy à 11h06. Considérons que Xavier Dupont de Ligonnès souhaite rencontrer son ami à cette occasion, au prétexte de la folle histoire qu'il a tenu à tous ses proches.

Dès l'entrée du village du Muy, sur l'ancienne Route Nationale 7, se trouve au moment une cabine téléphonique publique. On sait que l'ami est arrivé à Draguignan à 11h30. Pour cela il a dû repartir du Muy au moins 15 minutes avant. L'hypothèse est la suivante : Les deux hommes ont pu ce matin-là, le plus naturellement du monde, se voir dans la rue entre Puget et Le Muy, dans un intervalle de 45 minutes, entre 10h30 et 11h15. Au Muy, Xavier Dupont de Ligonnès pourrait s'y trouver autour de 10h24. Il aura répété à son ami son discours de fuite et d'exil familial. Ensuite, après un dernier salut, chacun sera reparti de son côté.

La clé

Xavier Dupont de Ligonnès est un homme qui qui aime conduire, qui conduit beaucoup, qui aime les voitures. Il aime les voitures américaines et a traversé les USA. Par le passé, il a fait un périple le long de la mythique Route 66. Par ailleurs, Xavier Dupont de Ligonnès traverse depuis toujours la France de long en large pour son travail. Il "avale" les kilomètres. Or, que trouve-t-on lorsque l'on arrive dans le Sud de la France depuis Nantes ? Quelle voie célèbre passe à proximité de Draguignan et de Lorgues que Xavier Dupont de Ligonnès connaît bien pour y avoir habité ? La route nationale 7. 

La mythique RN7 se trouve parallèle à la chaîne de la Trévaresse et à la Chaine D'Éguilles à Aix-en-Provence. Elle est ensuite parallèle à l'Autoroute A8. Après Brignoles, elle arrive dans la vallée de l'Argens avant d'atteindre la Méditerranée à Fréjus. Elle est maintenant déclassée, notamment en D7N et DN7. La route nationale 7 est en France ce que la Route 66 est aux Etats-Unis, et inversement.

La fuite anticipée de Xavier Dupont de Ligonnès a l'ambiguïté d'être à la fois un périple professionnel et l'expression d'une nouvelle liberté, c'est pour cela que le terme adapté est escapade (de escapar, échapper). Et la clé de l'escapade est la route nationale 7.

La partie de la RN7 qui nous intéresse se situe entre Fréjus et Aix-en-Provence, plus particulièrement entre le point de départ de Roquebrune-sur-Argens, le rond-pont de l'hôtel, et Aix-en-Provence. Avant de disparaitre définitivement, il lui faut préparer le terrain. Le 15 avril à 11h15, il quitte Le Muy au volant de sa C5 en direction d'Aix-en-Provence. De place en place, il s'arrête pour cacher discrètement des vivres, qui peuvent être des salades composées en conserve à ouverture facile et des petites bouteilles d'eau. Il lui faudra tenir 10 jours.

Le long de l'ancienne nationale 7, ce qui caractérise les abords, c'est la diversité de leur aspect, dans une certaine uniformité de désordre. Entre buissons, hautes herbes, arbustes, maquis, endroits abandonnés ou paraissant tels, ce n'est pas que Xavier Dupont de Ligonnès aurait pu trouver une cache, c'est qu'il pouvait en trouver cent. Entre midi et quatorze heures, il observe les bords de la route, essaie de repérer des endroits propices à ses futures pauses. Il ignore s'il va faire le trajet à pied ou en stop, ça sera selon les occasions. Au besoin, il marchera un peu dans le sens opposé, pour rejoindre une halte dépassée. Qui pourrait suspecter un routard qui se dirige vers Roquebrune-sur-Argens ?

Pour l'instant, il ne peut pas rouler bien au delà de Pont des Trois-Sautets, au sud-est d'Aix-en-Provence, entre Aix et Meyreuil. Il doit prendre en compte le temps nécessaire au retour à Roquebrune et puis à cet endroit la Nationale 7 traverse Aix-en-Provence pour rejoindre Avignon. Et ce n'est pas sa destination.

Le départ

A 14h20 Xavier Dupont de Ligonnès fait demi-tour pour rentrer à l'hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens. A 16h00 il stationne sa voiture dans un angle mort sur le parking attenant à l'hôtel et repart à pied à 16h10, non sans avoir au préalable taillé un peu ses cheveux. Portant sur le dos un sac rempli de vivres et à l'épaule la tente 2 secondes achetée fin mars près de Châteauroux, il s'éloigne en direction du chemin Les Châtaigniers en empruntant le tunnel proche situé sous l'Autoroute A8 "La Provençale".

Fatigué de son périple entrepris en milieu de matinée, il décide de tester son dispositif et de modifier un peu son physique. Le chemin des Châtaigniers convient remarquablement pour cela. Il choisit de s'installer dans la végétation pour la soirée. En cas de problème, il lui sera toujours possible de se replier vers sa voiture et de prendre une nouvelle décision. Dans la pire des situations, en cas de contrôle, il reste un citoyen comme un autre.

Xavier Dupont de Ligonnès affectionnait de porter un sweat shirt bleu marine
 

Le 16 avril 2011, Xavier Dupont de Ligonnès sort des Châtaigniers à l'endroit où chemin, route et autoroute se croisent et il quitte définitivement Roquebrune-sur-Argens. Dès lors, personne ne le cherche, personne ne le remarque, si ce n'est comme un personnage solitaire effectuant un "pèlerinage" le long de la Nationale 7. Personne ne s'intéresse à cet homme sur le bord de la route, sauf quand il fait de l'auto-stop, pour lui permettre de s'avancer un peu, d'aller plus loin. Et assurément, le but de Xavier Dupont de Ligonnès est d'aller loin.

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Il a été révélé que XDDL était arrivé à l'hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens le 14 avril à 15h30 et qu'il avait effectué un retrait de 30 euros au distributeur de la Caisse d'Epargne de la même commune. Ce retrait a probablement été fait entre 17h et 19h00 et à une adresse différente de l'établissement actuel. A partir des faits connus concernant les déplacements de Xavier Dupont de Ligonnès, cette hypothèse insoupçonnée sur la journée du 15 avril 2011 permet de relier son arrivée à Roquebrune-sur-Argens le 14 à son second départ du 15 avril en complétant son emploi du temps et laisse entrevoir une piste dès la journée du 16.

A suivre...

 

Sources : Notes personnelles de l'auteur, https://www.midilibre.fr/2011/04/22/disparus-de-nantes-les-derniers-jours-de-la-famille-dupont-de-ligonnes,307755.php, sofb.fr, Wikipédia, Google Maps, viamichelin.com, transcription en Anglais d'un article de Society. Modifié le 15.03.23.

Images : La Montagne Sainte-Victoire à Aix-en-Provence par Fabien Pasquet de Pixabay, Google Street View, montage d'après images largement reprises.

02 février 2023

Le voile se lève sur l'Affaire Dupont de Ligonnès


L'Affaire Dupont de Ligonnès. Depuis 2011, le père de famille, Xavier Dupont de Ligonnès, a quitté Nantes, laissant derrière lui les corps enterrés de sa femme et de ses enfants. Un drame qui reste encore dans toutes les mémoires, et sur lequel le voile se lève peu à peu. EXPLICATIONS.

Une partie du travail des journalistes consiste, après un événement, à recueillir les dires des témoins. Cela peut être leur témoignage visuel, ou simplement leur opinion. Dès lors que cette observation, avis ou sentiment sur un sujet est publié, cela devient un fait. Un fait qui va au delà de l'événement premier, le sujet de base.

Le fait premier se déporte ainsi vers le témoin. La réaction du témoin ressemble au commentaire d'une personnalité politique, elle crée l'émergence d'un fait nouveau. D'un fait acté. Dans l'affaire Dupont de Ligonnès, lorsqu'un témoin, dans un restaurant-grill et western de Cholet voit le fugitif "portant un gros livre sur lui", cela devient un fait porté à la connaissance du public. Ensuite, lors de son passage dans l'un des couloirs de l'hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens, Xavier Dupont de Ligonnès porte de nouveau son gros livre, à la main. Sur les images prises par la caméra située dans le couloir, aurait été identifié Glacé, de Bernard Minier, un roman de 560 pages au format 154 x 240 mm, paru en février 2011.

Viennent ensuite les hypothèses. Dupont de Ligonnès aurait jeté un coup d'œil à la caméra installée dans le couloir à ce moment précis. Pour certains il transmet donc un message : Le contenu du livre. Essayons de "déporter" le message. Pourrait-il dire, sur un ton léger : "J'avais oublié mon livre dans la voiture". Ou bien, de façon plus sérieuse : "Devinerez-vous que j'ai creusé les pages de ce livre comme dans les films d'espionnage pour y cacher de l'argent et des faux-papiers ?"  Au delà d'une interprétation possible, il reste une question factuelle : Qu'est finalement devenu ce mystérieux et imposant livre ?

Un fait. Un livre. Un fait. En quittant l'hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens à pied, Xavier Dupont de Ligonnès est vu portant "un sac à dos et une housse de costume en bandoulière". L'hypothèse admise est que la housse cachait sa carabine pour se suicider. Une autre : Les deux sacs contenaient son futur. Nous verrons plus loin lequel.

Toujours John List

Pour rappel, le père de Xavier Dupont de Ligonnès est décédé le 20 janvier 2011. On sait qu'il lui lègue la carabine qu'il possédait. XDDL obtient sa licence de tir le 2 février. Le roman Glacé a été publié le 24 février. Le 12 mars, après avoir hérité du fusil de son père, Xavier Dupont de Ligonnès achète des cartouches et un silencieux. Faute d'avoir retrouvé l'arme il est peu probable que l'on en apprenne davantage.
Cependant, un autre livre attire l'attention, un roman de l'auteur à succès américain Harlan Coben. Fait : Le livre a été retrouvé au domicile des Ligonnés. Le titre en Français est "Disparu à jamais", tandis que le titre en Anglais est plutôt "Parti pour de bon". La mort versus le non retour.

Il est possible de comparer la tuerie de Nantes en avril 2011 avec un événement similaire s'étant produit aux Etats-Unis quarante années auparavant, l'Affaire John List. Quelques temps avant de tuer sa famille le 9 novembre 1971, John List travaillait à Jersey City. Le romancier Harlan Coben est né le 4 janvier 1962 à Newark, ville située sur l'autre rive de la baie. La maison des List se trouvait à Westfield, un peu au sud-ouest de Newark. Durant son enfance Harland Coben vit à Livingston, situé à une quinzaine de kilomètres au nord. Il a 9 ans et demi lorsque se déroule la tuerie au 431 Hillside Avenue à Westfield. Lui seul pourrait dire s'il a été marqué par cette affaire, si cela plus tard l'a influencé pour écrire des thrillers. 

Xavier Dupont de Ligonnès a-t-il pour son funeste projet été influencé par le procès lié à cet événement alors qu'il se trouvait sur le sol américain en compagnie de son ami Michel ? Faits. Hypothèses.

XDDL et les sept morts

Près de sept ans se sont écoulés depuis la disparition de Xavier Dupont de Ligonnès lorsque soudain, le 9 janvier 2018, une opération de police est lancée dans un monastère isolé de Roquebrune-sur-Argens. Un paroissien a crû reconnaitre XDDL sous l'apparence d'un moine, cela crée une effervescence policière et médiatique. Quelques jours après, le  samedi 20 janvier 2018, la chaîne France 2 dévoile une interview de Michel, l'ami de Xavier de Ligonnès, dans son émission "13h15 le samedi".
Co-incidence ou hasard, à peine six semaines plus tard, le vendredi 2 mars 2018, Michel met fin à ses jours chez lui. Quant à l'autre ami de "Xav", Emmanuel, il décède à son tour le 18 janvier 2019.
En plus de ses quatre enfants et de sa femme, au cours du temps l'Affaire Dupont de Ligonnes aura fait sept morts.

Le nouveau départ

Une fuite, ça se prépare. Celle de Xavier Dupont de Ligonnès a été anticipée, et pourtant, à proprement parler, elle n'en est pas une. Ceci parce qu'il y a une ambiguïté liée au besoin d'argent. Il s'agit pour lui d'un nouveau départ, d'une nouvelle liberté, et en même temps, dans les premiers jours, d'une continuité de vie dans le cadre de ses habitudes professionnelles.

Xavier Dupont de Ligonnès travaillait comme enquêteur qualité rémunéré ou "Client Mystère" pour une société spécialisée. Il visitait des hôtels en France et rédigeait ensuite ses impressions. Ceux qui ont effectué des missions pour ce type d'entreprises savent que c'est peu rémunéré, que la participation aux frais de déplacement est faible, que le produit acheté ou la prestation testée est remboursé en toute ou partie, et surtout, que le paiement de la mission n'intervient pas immédiatement.

XDDL visite discrètement des hôtels économiques et c'est d'ailleurs probablement pourquoi il se rend si loin de Nantes fin mars 2017 aux portes de Chateauroux dans l'Indre, dans la zone commerciale de Saint-Maur, où est justement implanté un hôtel de l'enseigne Première Classe. Les faits : Avant de repartir, il en profite pour faire plusieurs achats dans un magasin de bricolage proche, notamment  un rouleau de sacs-poubelles de grande taille et un paquet de dalles adhésives en plastique pour le sol. L'hypothèse : Il achète aussi une tente 2 secondes dans le Décathlon situé presque en face de l'hôtel.

 
 
Autrement dit, ce qui semble en apparence un parcours erratique à travers le pays est d'abord, après son départ définitif de Nantes, le moyen pour Xavier Dupont de Ligonnès, en terminant sa mission, de récupérer ultérieurement de l'argent par virement sur son compte rattaché. Ensuite, son parcours avait été préparé longtemps à l'avance.

Ce qu'il faut garder à l'esprit, c'est que le jour où Xavier Dupont de Ligonnès quitte l'hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens, personne ne le recherche, personne ne le remarque, personne ne s'intéresse à lui. Il peut aller librement où bon lui semble. Ce n'est que quatre jours plus tard, le 19 avril 2011, qu'une enquête pour disparition inquiétante est ouverte, et c'est seulement le 21 avril qu'un avis de recherche pour la famille disparue est lancé.

Après son départ pour un périple dans le Sud, Xavier Dupont de Ligonnès a aussi bien pu faire du stop, prendre l'autocar, se faire héberger dans un camp de gens du voyage, se dissimuler dans un bois, marcher de nuit. La topographie et l'environnement de la région, le maquis, permettent cela. Qui fait attention à un vagabond que personne ne recherche encore ? D'ailleurs, ce n'est qu'à partir de l'avis de recherche et de l'inscription au fichier des véhicules recherchés que, dans la nuit du 21 au 22 la Citroën C5 bleue de XDDL, pourtant présente sur le parking du Formule 1 depuis le 15, est repérée par les gendarmes.

La situation de Xavier Dupont de Ligonnès devient problématique seulement à partir du 21 avril. Ceci étant, si l'homme, qui reste présumé innocent, a, 40 ans plus tard, imité John List dans sa méthode criminelle, et cette hypothèse est au cœur du sujet, il aura imaginé une suite similaire. Pour rappel, en 1971 aux États-Unis, un mois s'est écoulé avant que l'on ne découvre la scène de crime. XDDL aura probablement pensé qu'en France trois semaines s'écouleraient avant la découverte. Et en effet, à Nantes, au delà des précautions prises pour masquer les odeurs, ce n'est que parce qu'une jeune policière a remarqué la gamelle du chien en équilibre sous une planche placée sous la terrasse que les corps ont été découverts.

A suivre...


Sources : L'auteur ayant suivi les évolutions de l'Affaire Dupont de Ligonnès entre Avril 2011 et Octobre 2016, les informations utilisées proviennent de notes personnelles auxquelles il faut ajouter quelques vérifications réalisées en janvier 2023, comme LeParisien.fr, Var Matin, Europe 1,... Ainsi que Wikipédia et bien entendu Google Maps.

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