13 décembre 2020

Agatha Christie à Newlands Corner : Les derniers éléments du puzzle

 

Un mystérieux bungalow, une autre femme écrivain tout aussi imaginative qu'Agatha Christie, une chronologie séduisante des événements, voici la 6e et dernière partie de la série sur la mystérieuse disparition durant 11 jours de la reine du roman policier. Les derniers éléments du puzzle.

Le mystérieux bungalow

Selon Laura Thompson* et Tina Jordan**, le 14 décembre 1926, le New York Times rapporte "que la police a trouvé des indices importants" dans un bungalow situé à proximité de Newlands Corner. Il s'agit d'objets découverts sur place "une bouteille étiquetée plomb empoisonné et opium, des fragments d'une carte postale déchirée, un manteau de fourrure de femme, une boîte de poudre pour le visage, une miche de pain, une boîte à cartes et deux livres pour enfants".
Dans cette coupure datant de mi-décembre 1926 il est ajouté une information utile à présent et résumant à l'époque la découverte : "la maison est utilisée en été pour l'écriture de romans par la fille de St. Loe Strachey."

Le nom indiqué est celui de John St Loe Strachey, un journaliste et propriétaire de journaux britannique ayant travaillé pour le magazine The Spectator, dont la fille Amabel Williams-Ellis, auteur prolifique, notamment de livres pour enfants, est née à Newlands Corner le 10 mai 1894.° Amabel Williams-Ellis, qui est quatre ans plus jeune qu'Agatha Christie, a 32 ans et demi à cette époque. Elle est mariée depuis 1915 à Clough Williams-Ellis, architecte connu dans le monde entier comme créateur de Portmeirion un hôtel au nord du Pays de Galles immortalisé dans la série TV avec Patrick McGoohan, Le Prisonnier.

A propos du bungalow, Laura Thompson précise que la police avait répandu de la poudre sur le sol pour savoir si quelqu'un y était entré. Que l'on avait bien trouvé une empreinte de pas, mais qu'il s'agissait du montage orchestré par un journaliste malhonnête avec le concours de la serveuse du bar de l'hôtel et que l'"opium" était en fait un traitement médical. Pour Laura Thompson "les quelques biens qui avaient été laissés" dans la maison isolée "étaient les possessions de ses propriétaires".

John St Loe Strachey a construit en 1892 à Newlands Corner une propriété, une maison de campagne victorienne. Son dernier enfant y est né en 1901. Si cette maison était devenue le Newlands Corner Hotel en 1926 (appelée aujourd'hui The Manor House Hotel), il se peut, soit que la famille ait conservé par la suite une dépendance, soit, ce qui est plus probable, que ce bungalow ait été, à Newlands Corner, vraiment abandonné depuis un certain temps. Si la pseudo "scène de crime" a été polluée on peut malgré tout se questionner, et sans préjuger du fait qu'Agatha Christie aurait pu s'y abriter ou non dans la nuit du 3 au 4 décembre, on peut considérer cette alternative au fait de rester dans la seconde voiture.

N'y aurait-il pas un petit côté magique dans cet endroit ? Le site Surrey News°° nous dit que, selon Derek Nightingale, l'auteur de Newlands Corner et ses environs, "tout Merrow Downs, terrain communal qui relie l'espace ouvert de Pewley Down jusqu'à Newlands Corner, était auparavant appelé "Fairyland", un nom qui a depuis été oublié par la plupart." Le nom de l'endroit, qui se situe un peu plus loin sur le versan sud ouest du célèbre point de vue touristique, se traduit litéralement par Terre des fées.

La chronologie de la disparition d'Agatha Christie en 1926

Mercredi 1er décembre
- Soir Dîner à Londres, nuit à son Club, le Forum Club
Jeudi 2 décembre
- Matinée probable à Londres (où ?)
- Dans l'après-midi visite aux agents littéraires Hugues Massie Ltd
- Soir  Leçon de danse hebdomadaire à Ascot avec Charlotte Fisher, sa secrétaire
Vendredi 3 décembre
- Le matin, querelle entre Agatha et Archie, ce dernier part
- Charlotte Fisher a pris sa journée, elle va à Londres chez sa soeur, elle rencontre un(e) ami(e) pour le dîner puis va danser
- Dans la matinée, départ de Styles en Morris Cowley pour une destination inconnue (Londres chez Nan ? Mécanicien ?)
- Midi, retour à Styles. Repas seule
- 17h-18h  Visite chez sa belle-mère à Dorking (et non chez des amis) avec sa fille
- Vers 18h30 Passage devant les carrières de nuit
- Vers 19h-19h30 Retour à Styles. Repas seule. Ecriture des lettres
- 21h45 ou 22h  Départ de Styles pour un lieu de rendez-vous, sa fille dort
- 23h40-Minuit  Arrivée des deux voitures à Newlands Corner. La seconde voiture est placée dans Trodds Lane
- Les deux personnes repartent vers Londres avec la Morris Cowley
Samedi 4 décembre
- Arrivée à Londres vers 1h30 du matin, temps de repos
- Vers 3h30-4h  Départ de Londres pour Newlands Corner et Albury dans Water Lane
- Vers 5h-5h30 du matin Agatha Christie jette sa voiture contre un talus herbeux.
- 6h20  Non loin de Newlands Corner, après plusieurs essais, McAllister démarre la voiture au moteur froid d'une femme sans manteau ni chapeau. 
- Vers 7h, La femme s'éloigne doucement.
- Peu avant le lever du jour, observation d'une voiture phares allumés par Harry Green
- 8h  Observations de la voiture par Best et Dore, ce dernier trouve le manteau, les affaires et prévient la Police
- 9h45  Oblitération d'une lettre à Londres SW1

* Agatha Christie de Laura Thompson, Google books.
** https://www.nytimes.com/2019/06/11/books/agatha-christie-vanished-11-days-1926.html  
°° https://www.getsurrey.co.uk/news/surrey-news/newlands-corner-archive-pictures-show-10791351
° Wikipedia 
NB. A noter que John St Loe Stachey habitait à Chelsea où il est décédé quelques mois plus tard, le 26 août 1927.°
Photo : pixabay.com

11 décembre 2020

Le voile levé sur la disparition d'Agatha Christie en 1926

 


La disparition d'Agatha Christie durant 11 jours et sa voiture retrouvée accidentée et abandonnée est un fait-divers qui a fait couler beaucoup d'encre. Les articles en ligne qui y sont consacrés s'ajoutent chaque année. Depuis Le secret de Newlands Corner, le voile s'est levé sur cette incroyable affaire.

(5e partie)

Le samedi 4 décembre 1926 vers 5h-5h30 du matin, Agatha Christie emprunte un chemin de terre longeant une carrière près d'Albury. Elle jette sa voiture contre un talus herbeux. Elle reste quelques instants dans sa voiture, une Morris Cowley, retire son manteau de fourrure et monte à pieds la colline jusqu'à Newlands Corner. Puis, elle bifurque à gauche dans Trodds Lane pour rejoindre la seconde voiture garée à 300 mètres après le carrefour.

A noter que lors de l'enquête policière, le Superintendent du Berkshire (Comté où habitait la disparue) a pris en compte la manière dont la romancière était habillée. Il lui est apparu comme une évidence qu' "elle pourrait avoir passé la nuit confortablement dans sa voiture en portant un manteau de fourrure, et puis quand elle a décidé de quitter la voiture, elle a jeté le manteau, qui était trop lourd pour marcher avec. Sous le manteau de fourrure, elle portait des vêtements chauds comme ceux que portent les femmes lors de leurs promenades à la campagne."*

Plus tard, après que le cycliste Edward McAllister ait, après plusieurs essais, démarré la seconde voiture restée de longues heures stationnée sur le côté dans Trodds Lane, Agatha Christie partit doucement aux environs de 7 heures vers le Nord-Est de Guilford, puis dans la direction de Leatherhead et du Sud-Ouest de Londres. En 2000, le Guardian* a publié "une interview de la fille de Nan Watts, amie proche et parente par alliance de Christie." Dans cette interview, la fille de Nan suggère qu'Agatha a été aidée dans sa disparition par sa mère.

Selon la fille de Nan il aurait été convenu que la romancière pourrait passer la nuit du vendredi 3 au samedi 4 décembre avec Nan, qui avait déménagé à Londres à Chelsea Park Gardens. Et cette nuit-là son second mari George Kon était justement absent. Cette suggestion est faite en lien avec l'idée que la romancière a passé la nuit à Chelsea après être revenue de Newlands Corner en train.

De retour à Londres

Avec l'hypothèse de la seconde voiture, Agatha Christie arrive à Londres vers 9h, stationne la voiture empruntée, et poste la lettre pour son beau-frère Campbell Christie. Le mardi 7 décembre, le beau-frère de la romancière a reçu une lettre d'Agatha et, selon le cachet de la poste, cette lettre a été oblitérée le 4 décembre à 9h45 dans le district postal Londres SW1. Il s'agit donc d'un quartier par lequel Agatha serait passée, avant l'oblitération. Sauf à ce qu'une autre personne ait postée la lettre il y a peu de doute sur ce point. La résidence de Nan Kon se situe d'ailleurs dans la zone postale immédiatement adjacente au SW1, Londres SW3.

Une fois à Londres, Agatha Christie est allée acheter des vêtements dont un nouveau manteau. Tout le monde s'accorde sur le fait qu'elle a ensuite pris le train. Elle prend un train à la gare de King's Cross pour se rendre précisément dans la région où quelques jours plus tôt elle avait décidé de passer le Weekend (Beverley dans le Yorkshire de l'Est) et choisit Harrogate, la ville d'eau dans le Yorkshire du Nord dans laquelle on l'a retrouvée 11 jours après son départ de Styles. Au Swan Hydropathic Hotel, on l'accueille sur sa mine et ses déclarations par lesquelles elle se nomme Teresa Neele et qu'elle vient du Cap, en Afrique du Sud.
 
A Harrogate Agatha Christie a emprunté le nom de Neele, celui de la partenaire de golf de son mari, Nancy Neele, dont Archibald Christie était tombé amoureux quelques temps auparavant. Son mari voulant divorcer et partir avec sa maîtresse, le couple s'était querellé le vendredi 3 au matin. Le 14 décembre 1926, soit onze jours après qu'elle ait quitté Styles, un joueur de banjo de l'hôtel d'Harrogate, Bob Tappin, a reconnu la romancière et a alerté la police. Le colonel Christie est ensuite venu chercher sa femme à l'hôtel. Fin de l'escapade.
 
Documents et indices

De façon étonnante, la romancière avait fait paraître une curieuse petite annonce dans le Times, demandant que des amis et des parents prennent contact avec cette Teresa Neele. 
 
 
Extrait d'un document relatif à une émission de timbres poste au Royaume-Uni. Copie ou fac-similé ? °
 
De l'autre côté de l'Atlantique, et plus loin, Teresa Neele, certainement par une erreur de transcription, deviendra Mrs Trazenell.
 
Daily Pentagraph - Bloomington - Illinois - Mercredi 15 décembre 1926


The Sun - Sydney - 15 décembre 1926

Divers éléments sont disséminés. Dans la vie d'Agatha Christie, comme la présence à ses côtés de sa secrétaire et confidente Charlotte Fisher (dite Carlo), à qui elle dédicacera d'ailleurs Le Mystère du Train Bleu, roman sur lequel elle travaillait avec difficulté au moment de son aventure. Ensuite dans ses ouvrages. A été citée L'Affaire de la femme disparue, nouvelle publiée en octobre 1924 dans laquelle se trouvent deux villages du même nom, et puis La Métamorphose d'Edward Robinson, une autre nouvelle publiée par Agatha Christie deux ans plus tôt en décembre, dans laquelle il est question deux deux voitures identiques. Peut-on ajouter Le Vallon, roman dans lequel une artiste faisant de la sculpture et du modelage de la glaise, Henrietta Savernake, possède à la fois des qualités de conductrice et un enthousiasme pour les raccourcis.



D'autre part l'aide fournie par son amie de toujours Nan, semble indéniable. La découverte d'une pièce de théâtre, The Lie (Le Mensonge) créée par Agatha Christie, apparemment écrite au milieu des années 20 et jamais jouée, a montré Nan comme le prénom du personnage principal. La pièce, qui historiquement précède ses célèbres thrillers de scène, est restée dans les archives de l'auteur pendant plusieurs décennies jusqu'à ce qu'elle soit finalement retrouvée. Le thème est celui d'une femme piégée dans un mariage malheureux et provoquée par l'obsession de son mari pour sa jeune soeur. 
L'épouse, Nan Gregg, disparaît pour une nuit de la maison familiale "ce qui a des conséquences dévastatrices." La pièce se déroule sur "Une série de révélations dramatiques (qui) conduira soit au divorce, soit à la réconciliation, mais l'issue dépendra de la volonté de la soeur de Nan de mentir pour la protéger."°°

Aucune réconciliation n'a été possible entre Agatha et Archibald Christie dans les mois qui ont suivi cette aventure et ils ont finalement divorcé.
 
 
* Andrew Norman. Agatha Christie: The Disappearing Novelist https://books.google.fr
** http://news.bbc.co.uk/local/surrey/hi/people_and_places/history/newsid_9005000/9005502.stm
°° https://www.iacf-uk.org/activities/lie-agatha-christie/
Photo : pixabay.com

12 novembre 2020

La disparition d'Ambrose Small à Toronto, une enquête pour William Murdoch ?


Ambrose Joseph Small, un magnat du théâtre canadien, a disparu le 2 décembre 1919 à l'âge de 53 ans. Il était le propriétaire de plusieurs théâtres basés dans l'Ontario, notamment du Grand Opera House de Toronto, du Grand Opera House de Kingston et du Grand Theatre de London. L'affaire a fait grand bruit, durant de nombreuses années, Ambrose Small ayant disparu après qu'il ait vendu ses théâtres et déposé un million de dollars canadiens à la banque.

Si l'on en croit un article publié par le magazine Maclean's le 15 janvier 1951, la recherche durant 30 ans du corps d'Ambrose Small est devenue une plaisanterie domestique au Canada. Huit gros volumes de coupures de presse se trouvent dans les archives d'un journal de Toronto et, devant la récurrence des articles sur le sujet au fil des années, lorsque quelqu'un creusait un trou très profond dans son jardin ou dans l'espace public les canadiens finissaient par demander "Vous cherchez Ambrose Small ?".

Cette disparition est si mystérieuse qu'elle pourrait figurer dans un épisode de la série télévisée canadienne Les Enquêtes de Murdoch (The Murdoch Mysteries), pour peu que les saisons continuent après la 13ème, dont le dernier épisode Le règlement à la lettre (The Future is Unwritten) se déroule à Toronto en 1907.

Le disparu est connu pour être marié depuis une quinzaine d'années, sans enfant, joueur et coureur de jupons. Il est plutôt rude avec ses employés. A la fin de l'année 1919, il décide de vendre ses théâtres.

Les faits

La veille de sa disparition, le 1er décembre 1919, l'homme d'affaires Ambrose Small avait vendu tous ses avoirs relatifs au Théâtre à Trans-Canada Theatres Ltd. pour un montant de 1,7 million de dollars canadiens. "La transaction a été conclue dans les cabinets d'avocats Osler et Harcourt en présence de l'ami et avocat de Small, E. W. M. Flock ; de Mrs Small ; et de W. J. Shaughnessy, représentant TransCanada Theatres. Shaughnessy avait apporté de Montréal un chèque certifié pour le versement initial d'un million de dollars."

Le matin du mardi 2 décembre, Ambrose Small et sa femme Theresa* quittent leur maison du quartier Rosedale à Toronto à des heures différentes. On ignore où il se rend ce matin-là. Sa femme et lui ont rendez-vous, probablement dans l'heure du midi, au Grand Opera House, dans le centre-ville de Toronto, afin de régler quelques détails restants avec E.W.M. Flock et aller ensuite déposer le chèque de un million de dollars à la banque.

Flock arrive le premier, Theresa Small en second. Les deux attendent Ambrose Small dans le hall jusqu'à ce qu'il arrive vers 14 heures en sifflotant.
Puis "Small et sa femme ont quitté Flock, se sont rendus à la Banque Dominion au coin des rues King et Yonge, sont revenus au Grand et ont rejoint Flock pour le déjeuner dans un salon de thé attenant au théâtre."

Après le déjeuner, Ambrose Small dépose sa femme dans un orphelinat catholique de Bond Street, où elle fait du bénévolat. Il lui dit qu'il sera de retour à 18 heures, pour le dîner. À 17 heures, l'homme d'affaires a une réunion de dernière minute avec Flock au Grand. L'avocat le quitte à 17h30.

En fin d'après-midi ou la nuit suivante, le millionnaire a disparu de son bureau. Aucune personne parmi celles interrogées par la police n'a affirmé l'avoir vu quitter son bureau ou aperçu dans le quartier des rues Adelaide et Yonge à l'extérieur de l'immeuble. Officiellement, Flock est la dernière personne à avoir vu Ambrose Small.

De son côté Theresa Small est rentrée à la maison de Rosedale vers 17 heures. Comme son mari ne s'est pas manifesté pour le dîner, elle a essayé de joindre les personnes avec lesquelles il travaillait. Ambrose Small étant souvent absent de chez lui pour ses affaires ou pour aller voir sa maîtresse du moment, et comme il ne prévenait pas de son absence, personne n'était donc particulièrement inquiet. Cette situation s'est avérée être une circonstance malheureuse dans l'affaire Small, la disparition du millionnaire a ainsi été ignorée pendant deux semaines.

"Le 16 décembre 1919, la police fut avertie par James Cowan, directeur du Grand. Il n'a jamais été établi avec certitude si Cowan avait téléphoné à la police à la demande de Mme Small ou de sa propre initiative."
Small n'avait aucun sérieux motif pour disparaître. Propriétaire à 53 ans de plusieurs théâtres situés dans sept villes de l'Ontario et contrôleur d'un réseau de 62 autres établissements, il était riche, aimait séduire les femmes et n'aurait pas été en possession d'une grosse somme d'argent sur lui.

(à suivre)

* ou Teresa

(Sources : en.wikipedia.org, archive.macleans.ca [citations], murdochmysteries.fandom.com)

8 novembre 2019

Retour sur la disparition d'Anaïs Guillaume


Les ossements retrouvés dans un champ appartenant à l'exploitant agricole avec qui Anaïs Guillaume avait noué une tumultueuse relation amoureuse sont bien ceux de la jeune disparue.  Le soir du 16 avril 2013, après une longue journée de travail près de Charleville et cinquante kilomètres en voiture, Anaïs aurait dû diner et dormir chez ses parents à Blagny. Au lieu de cela, elle est ressortie, pour ne jamais revenir. Retour sur la disparition d'Anaïs Guillaume.

En juillet 2011, dans le cadre de son diplôme d'agricultrice, la jeune femme de 21 ans obtient un contrat d'apprentissage non loin de chez ses parents, à la ferme de Céline et Philippe Gillet, située à Fromy dans les Ardennes. Avec l'exploitant agricole âgé d'une quarantaine d'années, Anaïs Guillaume noue rapidement "une relation amoureuse mais vit encore chez ses parents."
Quelques mois plus tard, en 2012, la jeune femme porte plainte à la gendarmerie pour des violences commises à son encontre par l'exploitant agricole, "mais elle n'arrive pas à tourner la page." Elle renoue sentimentalement peu après avec Philippe Gillet tout en s'installant, fin 2012 "à quelques rues de chez ses parents, dans un appartement, en colocation avec son amie"(*). Elle découvre que leurs voisins sont une famille avec des difficultés financières. Anaïs se lie d'amitié avec eux, les dépannant régulièrement de quelques produits courants.

Ainsi, durant quelque temps, Anaïs Gillet partage son logement avec son amie M. et poursuit tant bien que mal sa relation avec son patron "tout en amorçant une relation avec un ami plus jeune, depuis mars 2013." Ce nouveau petit ami, C. est âgé de 31 ans. De leur côté les parents de la disparue ont déclaré ignorer qu’elle continuait à entretenir une liaison plus privée avec Philippe Gillet.
En tout état de cause, bien qu'elle paraisse comblée sentimentalement, l'environnement financier d'Anaïs semble s'assombrir puisque "début avril 2013 Anaïs rentre vivre chez ses parents, n'assumant plus ses loyers "(*). L'état des lieux de sortie de l'appartement, montré dans l'émission INDICES est fait le 2 avril au matin (*).

Le jour de la disparition

Philippe Gillet possède une autre exploitation agricole à une cinquantaine de km de Fromy, à Sorel au Nord-Ouest de Charleville-Mézières. Le lieu a d'ailleurs été fouillé par les gendarmes en janvier 2019. D'après la lettre anonyme qui circule sur certains médias, l'homme possèderait aussi un pré au bord de la rivière à Linay, près du terrain de football.
C'est à Sorel qu'Anaïs Guillaume passe la journée du 16 avril 2013. Les parents de la jeune femme étaient informés qu’elle avait travaillé ce jour-là pour le compte de l'agriculteur, qui lui a demandé de l'aider à labourer un champ. Selon sa maman, qui l'a vue pour la dernière fois ce matin-là, elle s'était levée à 6h30.
Le petit frère d'Anaïs, C., est présent à Blagny quand Anaïs rentre le soir pour se changer, avant de repartir pour selon elle, revenir "tout de suite".

Selon INDICES, 400 euros auraient été volés sur le compte d'Anaïs Guillaume la veille de sa disparition. Sa carte bancaire lui aurait été subtilisée le jour de son déménagement. Avant l'état de lieux du 2 avril 2013, donc. On apprend qu'"Anaïs remarque qu'il lui manque de l'argent sur son compte et soupçonne tout de suite ses voisins".
Plusieurs chèques falsifiés d'un chéquier d'Anaïs aurait été utilisé dès le 17 avril 2013 par un fils de la famille L. et sa compagne pour faire des achats. Les jeunes gens "avaient été rapidement démasqués et entendus par les gendarmes."
En fin d'année 2015, les parents d'Anaïs Guillaume indiquent au journaliste de l'Union qu'ils s'impatientent et souhaitent poser des questions au juge d’instruction. Parmi celles-ci "On aimerait aussi lui dire que la famille chez qui Anaïs a passé une partie de la soirée du 17 avril 2013 doit forcément en savoir plus que ce qui a été dit jusqu’à présent. Pourquoi notre plainte pour le vol de chéquier par cette famille le lendemain de la disparition d’Anaïs n’a pas été retenue ?" Ils se demandent aussi "Qu’est-ce qu’est devenu le deuxième téléphone portable de notre fille ?" '(**)



(*) Vidéo INDICES RTL-TVI

(**) Transcription d'article payant sur cette page de forum.

A noter plusieurs infos trouvées sur cette page de forum, avant vérifications des liens.

Photo : Pixabay.com

2 novembre 2019

L' affaire Anaïs Guillaume relancée


Après la découverte d'ossements enterrés dans un champ, l'Affaire Anaïs Guillaume prend une nouvelle direction médiatique et judiciaire.
Dans la nuit du 16 au 17 avril 2013, près de Fromy, dans les Ardennes, une jeune commis de ferme de 21 ans disparaît après avoir passé la soirée avec son patron et amant, Philippe Gillet. L'exploitant agricole, avec qui elle avait noué une relation amoureuse, est accusé de l'avoir tuée, d'autant que sa femme est décédée dans des circonstances troublantes un an et demi auparavant. 
Six ans plus tard, en avril 2019, l'agriculteur est jugé et reconnu coupable de la mort d'Anaïs Guillaume et incarcéré. Six mois se passent et, fin octobre 2019, des ossements sont retrouvés par sa fille dans un champ appartenant à Philippe Gillet, Selon la presse, les tests ADN ont révélé que ces ossements retrouvés sont ceux de la jeune disparue.
Mieux comprendre avec la chronologie de l'affaire 
- Mardi 16 avril 2013, 20h. Anaïs Guillaume quitte ses parents. ""Ses derniers mots : Je reviens, je n'en ai pas pour longtemps." Elle part sans argent, sans papiers, avec uniquement ses clés de voiture et son téléphone portable."" Philippe Gillet confirme que le soir de sa disparition, Anaïs Guillaume était bien avec lui et indique qu'elle serait partie dans la nuit.
- Samedi 20 avril 2013, la voiture d'Anaïs Guillaume, de marque Toyota, est retrouvée calcinée dans des bois en Belgique, non loin de la frontière française. (Sept à huit)
- 3 mai 2013 les gendarmes passent une nouvelle fois le domicile et la ferme de Philippe Gillet au peigne fin. "Ses deux véhicules ont également été passés au crible". Sans résultat.
- Mardi 31 mars 2015, 25 gendarmes effectuent cinq heures de fouilles (L'Union) notamment autour d'un tas de fumier situé proche de la ferme de Philippe Gillet.
- Jeudi 14 janvier 2016, Philippe Gillet est mis en examen et placé en détention provisoire. (L'Ardennais)
- Mercredi 15 et jeudi 16 juin 2016, les gendarmes fouillent le domicile du suspect à Margut et sa ferme à Fromy. (L'Union)
- Le mercredi 3 avril 2019, Philippe Gillet est reconnu coupable du meurtre d'Anaïs Guillaume et condamné à 22 ans de réclusion. (L'Ardennais)
- Fin septembre 2019 (estimé) "l'avocat de Philippe Gillet lors de son procès reçoit un étonnant courrier (...). Selon l'auteur de cette lettre, la jeune femme a été enlevée et retenue en Belgique jusqu'en 2016." Le corbeau indique qu'Anaïs Guillaume aurait été enterrée avec de la chaux vive sous un tas de fumier fouillé par la gendarmerie en 2015. Une autre lettre anonyme était parvenue au parquet de Charleville (France Bleu Ardennes).
- Lundi 28 octobre 2019, des ossements faisant partie d'un squelette sont retrouvés à Fromy sur un terrain de la ferme de Philippe Gillet (France 3 Grand Est).
> Mes commentaires sur cette affaire ci-dessous et sur Twitter.

4 octobre 2019

Le FBI recherche toujours Tara Calico, disparue depuis plus de 30 ans


Le FBI cherche aujourd'hui de l'aide dans le cas Tara Calico, l'une des affaires de disparition parmi les plus célèbres aux États-Unis.

A 9h30, le jeudi 20 septembre 1988, Tara Calico, 19 ans, a quitté son domicile de la rue Brugg à Belen au Nouveau Mexique, pour faire une balade à vélo. Elle a été vue pour la dernière fois ce matin-là à 11h45 le long de l'autoroute 47 dans le comté de Valence.
Comme Tara Calico avait prévu de jouer au tennis avec son petit ami un peu plus tard dans l'après-midi, le matin de la disparition, elle avait dit à sa mère de venir la chercher dans le cas où elle n'aurait pas de ses nouvelles avant midi. La jeune fille empruntait régulièrement le même itinéraire. Etait-elle préoccupée ce jour-là ? Ne la voyant pas à midi, la mère de Tara a fait des recherches le long de la route et a finalement contacté la police lorsqu'elle n'a pas retrouvé sa fille. Plusieurs témoins ont affirmé avoir vu Tara Calico suivie par une camionnette Ford de couleur claire.

Lors des recherches, le long de la route empruntée par Tara, les policiers ont trouvé des morceaux du Walkman cassé de la jeune fille et la cassette qu'elle avait écoutée en chemin et croient qu'elle les a peut-être dispersés pour tenter de laisser une piste.
En juillet 1989, une photo Polaroïd montrant une jeune fille bâillonnée avec du ruban adhésif et les mains placées dans le dos en compagnie d'un jeune garçon, lui aussi bâillonné, a été trouvée dans le parking d'un magasin de Floride. Cette photo montre une jeune fille avec une cicatrice très semblable à celle que Tara avait sur sa jambe aussi les analystes médico-légaux de Scotland Yard à Londres et la mère de Tara sont convaincus que la photo montre l'adolescente disparue. De son côté le FBI précise que son identité ne peut pas être confirmée.

En octobre 2013, le FBI a mis sur pied un groupe de travail de six personnes pour enquêter sur cette disparition de 31 ans. A ce jour, aucune arrestation n'a été effectuée et l'affaire reste ouverte. Cette semaine, les détectives du FBI ont annoncé une récompense de 20.000 $ pour toute information qui permettrait de retrouver Tara Calico.

13 mai 2019

Disparition d'Agatha Christie : Le secret de Newlands Corner


Que s'est-il passé à Newlands Corner dans la nuit du 3 au 4 décembre 1926 ? La voiture d'Agatha Christie a été retrouvée au bord d'une carrière, sans sa célèbre propriétaire, évanouie dans le Comté du Surrey. Trompe-l'oeil, faux-semblant, vraisemblance, avec une nouvelle hypothèse le puzzle est-il enfin reconstitué ?

(4e partie)

Le samedi 4 décembre 1926 à 6h20 du matin, un certain McAllister aide une femme stationnée non loin de Newlands Corner à redémarrer sa voiture. Cette femme est-elle Agatha Christie ?
La probabilité pour qu'une autre femme, correspondant à la description de la célèbre romancière, se soit trouvée ce matin du 4 décembre 1926 à proximité de l'endroit où l'on a retrouvé la Morris Cowley d'Agatha Christie paraît pourtant faible.
Les reportages des journaux de l'époque sont inévitablement confus. La biographe Laura Thompson écrit* "Cet homme a d'abord été nommé Ernest Cross, puis Edward McAllister". Et plus loin elle précise "C'était (...) presque comme s'il s'agissait de deux hommes différents, puisque 'Cross' a décrit le radiateur de voiture comme 'assez chaud' et de forme carrée (...) tandis que McAllister a déclaré qu'il était froid. Dans chaque reportage, on dit que la femme (...) a pris la route en s'éloignant de Newlands Corner."
Il ne semble indiqué nulle part que le témoin McAllister ait remarqué la marque de la voiture ou son modèle. L'homme précise juste qu'il s'agissait d'une quatre places. Il dit "J'ai vu une voiture avec une femme à l'arrière". La phrase exacte est "I saw a motor car with a woman standing at the back of the car." La femme se trouve-t-elle "assise à l'arrière" ou "debout à l'arrière de la voiture", sous-entendu "à guetter si quelqu'un passe"?

Andrew Norman** relate que, selon le témoin McAllister, la voiture est stationnée à 300-400 mètres de la jonction de Trodds Lane et de l'A25, qui est une sorte de Y juste avant le fameux point culminant touristique de Newlands Corner. Le témoin précise que l'avant de l'automobile est placé dans la direction de Merrow, village situé à l'Est de Guilford. La direction est celle dans laquelle il se dirigeait lui-même, puisqu'il est écrit qu'il allait travailler dans Merrow Lane, qui se trouve un peu plus loin vers le Nord. Toujours selon McAllister, après avoir démarré la voiture de cette femme, celle-ci a conduit l'automobile très lentement en descendant la colline (Trodds Lane) vers le village de Merrow, en s'éloignant de Newlands Corner.
Pour Andrew Norman "Si c'était la voiture abandonnée (ndr. la voiture qui dans ce cas serait abandonnée accidentée ensuite) la femme a dû faire demi-tour et monter la colline derrière lui."

Cette scène est d'ailleurs pour le moins étrange. Imaginons cette femme assise dans sa voiture. Il est 6h20 du matin en décembre. Il fait nuit et froid. Que serait-elle devenue si McAllister n'était pas passé ce matin-là à vélo ? Serait-elle restée à cet endroit à attendre le passage d'une autre personne ? Comment aurait-elle pu héler une autre voiture depuis l'intérieur de la sienne ? Et si elle était debout dans la nuit et le froid à l'extérieur de la voiture, depuis combien de temps s'y trouvait-elle ?

Agatha Christie aurait-elle conditionné toute sa stratégie d'accident et de disparition à la présence et à la volonté de ce McAllister ? D'autant que si elle avait rencontré une autre personne plus tard la suite des événements se serait déroulée autrement. Le récit de cette disparition temporaire à Newlands Corner a montré une augmentation du nombre de curieux avec le lever du jour.
Une hypothèse par laquelle la romancière aurait attendu toute la nuit au froid dans sa voiture, dans le seul but d'aller la fracasser au petit matin, le plus discrètement possible, en dévalant l'autre versant de la colline, est hasardeuse. Quand bien même elle aurait auparavant fait demi-tour plus loin dans Trodds Lane.

En conséquence, la voiture de la romancière a probablement été accidentée le samedi 4 décembre vers 5h-5h30 du matin, la femme vue par le témoin McAllister est probablement Agatha Christie, mais la voiture démarrée n'est pas sa bien-aimée Morris Cowley.
A la suite de cela la direction prise par la mystérieuse voiture et sa conductrice est celle de Clandon et puis vraisemblablement Londres.

Les indices du passé

Dans les ouvrages d'Agatha Christie, les substitutions, notamment les personnages venant prendre la place d'une autre personne, ne sont pas rares. On rencontre aussi les homonymies, comme dans L'Affaire de la femme disparue (The Case of the Missing Lady), une nouvelle d'abord publiée au Royaume-Uni en octobre 1924 dans la revue The Sketch°. Pour rappel, Agatha Christie a acheté sa voiture, une Morris Cowley, en 1924.
Dans L'Affaire de la femme disparue, les détectives privés Tommy et Tuppence Beresford recherchent Hermione Leigh Gordon, la fiancée d'un de leurs clients, Gabriel Stavansson. Ils se rendent au village de Maldon où est censée se trouver la disparue. Sur place, ils n'en trouvent aucune trace. Tuppence se rend alors compte qu'il y a deux villages du même nom, situés dans deux comtés différents.

Deux mois après la publication de L'Affaire de la femme disparue, en décembre 1924, la reine du roman policier publie une autre nouvelle, dans la revue The Grand Magazine°. Intitulée La Métamorphose d'Edward Robinson, l'histoire parle d'une étrange erreur de voiture.
Le héros a acheté, à la manière d'Agatha Christie, une élégante voiture grâce aux 500 Livres Sterling gagnées à un concours. Après quelques tours de roues, Edward Robinson s'arrête quelque part dans le but d'admirer un paysage se trouvant un peu éloigné de l'endroit du stationnement.
Depuis le bord de la route, il prend un chemin menant au point de vue, profite du paysage, puis revient vers sa voiture en empruntant, sans vraiment s'en apercevoir, un chemin différent. Il débouche en fait un peu plus loin, mais près d'une voiture identique à la sienne. Sans prendre garde, il monte dedans et part avec. C'est en fouillant plus tard dans la boîte à gants qu'il découvrira un collier de diamants et réalisera qu'il conduit la mauvaise voiture. Heureusement pour lui, il y a aussi un petit mot avec le collier.

Le rendez-vous de Londres

Le vendredi 3 décembre 1926 au matin, après sa dispute avec son mari et que ce dernier ait quitté la maison de Styles pour rejoindre sa maîtresse, Agatha Christie décide de prendre sa Morris Cowley et de partir pour une destination inconnue. Elle est cependant de retour pour le repas du midi.
Ce jour-là, Charlotte Fisher, secrétaire, gouvernante et confidente de la romancière, avait pris sa journée et se trouvait à Londres chez sa soeur. Elle devait rentrer le soir tard. Avant de partir vers 22h, Agatha Christie lui laisse une lettre dans laquelle elle lui demande d'annuler une réservation pour un Weekend prévu dans le Yorkshire et lui indique qu'elle lui ferait savoir où elle allait. Mais la lettre ne s'arrête pas là, elle est l'expression de sentiments d'Agatha Christie face à sa situation personnelle**. Un contenu allant bien au delà d'instructions données à une secrétaire, comme une lettre écrite pour être lue par d'autres personnes que sa destinataire.

A Londres, vivait une amie d'enfance d'Agatha Christie, Nan Pollock, la soeur de James Watts (le mari de sa soeur Madge). Nan Pollock s'était remariée avec un certain George Kon, par ailleurs ami d'Archie*, avec qui il jouait au golf **.
Andrew Norman écrit "Quelle relation étroite Agatha avait-elle avec Nan Kon, qui était presque deux ans son aînée et qu'elle connaissait depuis son enfance ? Très proche selon Agatha."
Après les débuts difficiles au volant de sa Morris Cowley en 1924, Agatha Christie avait depuis lors sillonné en de nombreuses occasions la campagne anglaise et savait conduire avec une grande facilité dans les rues de Londres. Il lui arrivait aussi de conduire la voiture de son mari, un modèle de gamme supérieur, une Delage. "La Delage nous a donné à tous deux beaucoup de plaisir. J'ai adoré la conduire, (...)" dit-elle dans sa biographie.

Depuis Styles, une autre mystérieuse affaire

Le matin du vendredi 3, la romancière a pu se rendre à Londres afin d'obtenir de son amie Nan une seconde voiture pour la nuit suivante et convenir avec elle, et sans doute aussi avec Charlotte Fisher, du lieu de stationnement pour une substitution. Elle leur offre de participer à l'une de ses énigmes. Le mari de Nan était d'ailleurs parti de chez lui cette nuit-là. Le changement de voiture orchestré par Agatha Christie devant avoir lieu près de Newlands Corner. Il n'était pas possible de parler de ce projet en passant par une communication téléphonique.

Pourquoi Newlands Corner ? Parce que ce lieu élevé et connu se trouvait proche du célèbre et légendaire étang de Silent Pool et qu'Agatha Christie passait régulièrement auprès des deux pour rendre visite à sa belle-mère. Elle les connaissait.
Judith, la fille de Nan Kon, avait dix ans au moment de la disparition. Selon la biographe Laura Thompson, à la fin de sa vie, Judith a laissé filtrer quelques indications. Laura Thompson écrit* "Le matin du vendredi 3, elle (ndr. Agatha Christie) se rendit à Londres pour rendre visite à Nan et discuter du plan, avant de retourner à Styles pour le déjeuner."
On peut tout autant imaginer que l'héroïne de cette énigme non résolue depuis 1926 a sollicité cette nuit-là l'aide de son beau-frère Campbell Christie et que la lettre lui étant adressée qui a été postée le samedi 4 au matin ne soit qu'un leurre, envoyée uniquement pour donner le change. Comme dans les romans de détectives Campbell Christie n'est-il pas le personnage dont on parle le moins ? De plus il a détruit la lettre postée à Londres après l'épisode de Newlands Corner, pour ne conserver que l'enveloppe.

L'énigme de Newlands Corner

Le lancement d'une automobile depuis la colline de Newlands Corner en pleine nuit, en roue libre, parait difficile à réaliser, hasardeux, et pour tout dire peu vraisemblable. L'idée d'une descente au volant, avec les cahots, l'éclairage limité des lampes, le risque pour les pneus, tient davantage de la cascade pour un film. Or, la voiture retrouvée était peu abimée et sa propriétaire n'a pas subi la plus petite blessure corporelle.

Qu'entend-on dans la nuit du 3 au 4 décembre 1926 dans les environs de Newlands Corner ? Le silence de la campagne anglaise dans l'hiver déjà présent. Un silence pouvant être rompu par le cri d'un oiseau de nuit ou par l'aboiement d'un chien dans une ferme isolée. Ou encore par une voiture des années 20 pétaradant sur l'A25 vers minuit au sommet de la colline. Laura Thompson* rapporte qu'un témoin "a également fait référence à une gitane, (...) qui a dit qu'elle avait entendu une voiture se déplacer vers minuit sur le sommet de Newlands Corner."

Le soir du vendredi 3 décembre vers 21h45-22h, Agatha Christie se rend à Londres ou dans un lieu convenu du Sud-Ouest de Londres pour rencontrer la personne ayant accepté de conduire la seconde voiture et la précéder jusqu'à Newlands Corner. Les acteurs parviennent au croisement principal de Clandon et prennent l'A25 en direction de Newlands Corner (Shere Road). Vers minuit les deux voitures arrivent en haut de la colline, ce qui provoque un bruit inhabituel en cette nuit glaciale.
La seconde voiture est stationnée dans Trodds Lane, l'avant placé vers le village de Merrow. Agatha Christie ramène ensuite l'autre personne à Londres. Il est autour de 1h00 du matin. Elle peut se reposer quelques heures en attendant de repartir pour Newlands Corner.

Autour de 5h00 du matin, Agatha Christie arrive de nouveau à Newlands Corner. Cette fois-ci, elle continue vers Albury. Environ 1,3Km plus loin, juste avant Silent Pool, elle tourne à droite dans Water Lane, qui à cette époque est un chemin de terre, et qui, pour la partie longeant la carrière, semble l'être encore de nos jours. Puis elle roule jusqu'à l'endroit où sa voiture a été retrouvée. Elle la dirige sur sa gauche vers un buisson. Ou sur sa droite si elle a préféré tourner plus loin à droite vers l'A248 et remonter un peu plus loin à droite dans Water Lane.
La distance la séparant de la seconde voiture est d'environ 1,2Km. Le chemin qu'elle emprunte pour rejoindre Newlands Corner à pied est en pente ascendante. Agatha Christie emporte son attaché-case mais préfère laisser son manteau de fourrure dans la Morris Cowley pour s'alléger et pouvoir mieux se déplacer en marchant. De retour en haut de la colline de Newlands Corner, elle bifurque à gauche dans Trodds Lane. Elle sait que la seconde voiture est à proximité. Elle l'aperçoit, s'en approche et s'asseoit enfin à l'arrière pour se reposer un peu de son aventure nocturne.

A 6h20, Edward McAllister redémarre une voiture dont le moteur, trop froid, n'a pas pu être remis en route par Agatha Christie. La romancière s'éloigne ensuite vers Clandon puis vers Londres, pour rendre l'automobile à son propriétaire.

Avec cette hypothèse, la réponse à la question "Que serait devenue Agatha Christie si McAllister n'était pas passé à cette heure-là à vélo ?" est d'évidence qu'elle serait restée dans Trodds Lane à attendre le passage d'une autre personne. L'heure de son départ vers Londres devient relativement moins important. Qui pourrait, de ce côté de la colline, établir un lien entre cette femme en panne de voiture allant en direction de Merrow et une Morris Cowley abandonnée près d'Albury dont il ignore même l'existence ? L'inverse étant plus improbable encore.
La possibilité que la femme en panne dans Trodds Lane ne soit pas la romancière aurait seulement comme conséquence de différer le lieu où Agatha Christie a rejoint la seconde voiture.
En tout état de cause, l'hypothèse d'une seconde automobile relègue l'heure de 'l'accident' un peu au second plan de l'histoire. Peu importe l'heure, l'essentiel est que les protagonistes se soient concertés sur celle-ci.


Photo : Affiche de personne disparue du 9 décembre 1926. Diffusée par la police du Comté de Berkshire, dans lequel vivait Agatha Christie lors de sa disparition.
* Laura Thompson - Agatha Christie An English Mystery - Google Books
** Andrew Norman - The Disappearing Novelist - Google Books
° Wikipedia 
modifié le 08/12/20

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